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Mercredi 25 mars

25 mars 2020

L’aventure, c’est l’aventure ! (Et ce n’est pas de la confiture)

Aujourd’hui est un grand jour. Pourquoi demanderez-vous ? D’abord parce que, pour la première fois depuis le confinement, les enfants ne sont pas réveillés avant 7h30 ! Génial, n’est-ce pas ?
Sauf que je n’ai pas pu en profiter : il fallait que je me lève à 6h30 pour un rendez-vous médical à l’Hôpital Cochin à 8h. Et ça, c’est l’autre chose qui fait que ce jour est un grand jour : j’ai pu m’éloigner de plus d’un kilomètre de mon domicile. Pour la première fois depuis dix jours. Formidable, n’est-ce pas ? Et de surcroit pour me rendre dans un des lieux les plus animés de la capitale ces jours-ci : un hôpital. J’avais tout préparé : je m’étais même prévu un vieux masque acheté en prévision de la naissance de la petite dernière (j’avais alors eu une angine carabinée dans les jours précédents et je ne voulais pas contaminer mon adorable nourrisson), et des gants.
Ensuite, pour éviter les miasmes des transports en commun, j’ai pris la voiture. Et là, quelle surprise de voir Paris, en plein soleil, le matin à 7h30 : vide. Absolument vide. Ou presque. Une dizaine de voitures sur le périphérique, 15 minutes montre en main pour un parcours qui, d’ordinaire, m’en prend pas loin de 25 lorsque le trafic est fluide — au retour, ce sera encore mieux : 10 minutes ! À l’arrivée : une place, quasiment devant l’entrée de Cochin — et le parking gratuit en prime.
En sortant de la voiture, j’expérimente pour al première fois le masque — et découvre que ce n’est vraiment pas pratique. C’est dérangeant au niveau des oreilles et ça fait plein de buée sur les lunettes — une infirmière m’expliquera plus tard comme bien le mettre pour éviter ce désagrément : il faut glisser le haut sous les pattes des lunettes, tout simplement.
En revanche, dans l’hôpital, rien ne semble avoir changé par rapport à la routine : un hôpital de cette taille est comme une petite ville, animée de nombreux chassé-croisés de professionnels se dirigeant d’un pas décidé, les uns vers leurs services respectives, les autres vers la sortie, et quelques uns vers un cafétéria ou en route pour une mission quelconque. Les cadres de santé n’y sont ni plus, ni moins aimables que d’habitude, derrière leurs masques, et les salles d’attente sont toujours aussi inconfortables pour y patienter, toujours bien trop longuement, les consultations étant invariablement en retard. Les chargés de caisse sont toujours aussi revêches — avec ce regard qui glisse sur vous sans jamais se fixer, lorsqu’ils vous demandent vos documents qu’ils ne veulent plus toucher. Et le reste est à l’avenant : des petits regroupements à la machine à café, de la paperasse à ne plus savoir qu’en faire, des allers et venues incompréhensibles pour le tout-venant que je suis… j’ai même vu deux jeunes internes dragouiller !
La consultation elle-même prend quand même des airs surréalistes. C’est la première fois que je ne vois pas du tout le visage de la personne qui m’ausculte. Et je ne lui ai pas montré le mien non plus. Mais bientôt, même cette voix qui sort de dessous le masque chirurgical semble naturelle. Comme s’il n’en était jamais allé autrement.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

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