{process=oui}
Inachevé.net

Site de création littéraire plus ou moins expérimentale

Jeudi 7 mai

7 mai 2020

General Pause — Chapitre 5

Mais l’argument maître avancé par les Perséides pour corroborer leur hypothèse est le grand enfermement lui-même.
Et nous devons bien admettre que c’est un argument de poids. Jamais auparavant, dans l’histoire de l’humanité, celle-ci ne s’était enfermée, enterrée, confinée, vivante dans d’autres circonstances que les conflits. Notons toutefois d’emblée que cela ne veut pas dire grand-chose non plus : les conflits sont une grande constante des prémices des civilisations humaines — nous serions même tentés d’employer le terme d’invariant. Comme si le conflit était inhérent à la nature de ces civilisations. Cela commence dès la protohistoire, avec des conflits qui oppose alors les premières peuplades à leurs prédateurs, ou du moins à leurs rivaux écosystémiques. Jusqu’à ce qu’ils éliminent lesdits prédateurs et rivaux écosystémiques (une élimination qui, du reste, et même si ce n’est pas le propos ici, marque le début de l’avènement de l’anthropocène en même temps que de début de sa fin… Étonnant comme, dans le cas de l’humanité, ses prémices portent en elles sa condamnation et sa perte).
Plus tard, ce seront des rivalités entre tribus, puis l’appât du gain, les soifs de conquête, les fantasmes de domination, les idéologies aberrantes. Et, chaque fois, l’humanité, ou du moins une partie de l’humanité se retrouve enfermée ou enterrée, dans diverses cavités naturelles ou artificielles, conçues ou non à cet effet — dans un objectif de préservation.
Bref, cet argument du conflit tient. D’autant que l’enfermement ne concerne pas une tribu en particulier mais la quasi-totalité des tribus d’alors. Un tel enfermement ne serait effectivement décidé que si l’humanité entière était agressée.
Les Perséides ajoutent au reste qu’un tel plan d’enfermement général avait été envisagée un demi-siècle avant les événements, mais en réponse non pas à un agresseur extérieur mais à une agression de l’humanité contre elle-même. D’immenses bunkers et silos avaient alors été bâtis dans cette seule éventualité.
Avouons-le : l’idée de cette guerre interplanétaire est séduisante. Nous avons nous-même eu la faiblesse d’y croire. Mais nos connaissances actuelles permettent, sans l’ombre d’un doute, d’affirmer que nul attaquant venu d’un autre monde n’a jamais posé les pieds sur cette ridicule et anecdotique petite planète. Au reste, qui, dans l’univers, si tant est qu’un tel attaquant potentiel existe, y aurait le moindre intérêt ? Voilà qui est totalement absurde.



Dernier ajout : 18 septembre. | SPIP

Si l'un de ces textes éveille votre intérêt, si vous voulez citer tout ou partie de l'un d'eux, vous êtes invités à contacter l'auteur.