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Samedi 16 mai

16 mai 2020

General Pause — Chapitre 10

Une autre hypothèse a été récemment introduite par des spécialistes en paléoanthropomédecine. Une hypothèse fort intéressante au demeurant. D’autant plus qu’elle est corroborée par nombre de témoignages écrits, datant indubitablement de l’époque qui nous occupe, et consignés — détail extraordinaire ! — à des supports non silicés ! Ces diaristes semblent effectivement avoir développé une grande méfiance envers les technologies s’appuyant sur des supports silicés, méfiance qui n’est au reste pas sans lien, selon nos paléoanthropomédecins, avec les causes premières et fondamentales de la General Pause, mais aussi avec ses conséquences. L’hypothèse est tellement élégante qu’elle en est véritablement séduisante.
Ces témoignages suggèrent que la terre toute entière croule alors sous les ondes électromagnétiques. Tout le spectre est occupé ou presque, à des puissances qui rivalisent selon eux avec celle des rayonnements cosmiques — dont, rappelons-le, la Terre est à l’époque protégée par un puissant champ magnétique tendu entre un pôle nord, que l’on situe aujourd’hui aux alentours du Lapoméranilustembergophil, et un pôle sud, qui devaient être aux antipodes du précédent, mais que l’on situe aujourd’hui géographiquement, grâce à l’analyse des sédiments ferreux trouvés dans la roche, du côté de la petite île tropicale de Tarticanne…
Formant un réseau étroitement maillée à la surface du globe, à grands renforts de gigantesques antennes et de satellites en orbite basse — on retrouve là au passage l’encombrement de l’orbite terrestre déjà mis en avant par les Perséides —, ces ondes sont le lieu d’un déploiement d’ingéniosité de la part des sociétés humaines, dans un but unique : diffuser des informations (de toute nature : vraie et fausse, imaginaire et fictionnelle, dans un but de distraction, de culture, de mise en relation et de cohésion sociofamiliale, comme de contrôle des masses).
Un effet profondément indésirable de ces ondes auraient toutefois été négligé par ces ingénieurs trop occupés par leur affaire pour s’en soucier : à une puissance telle, les ondes seraient, selon une grande majorité des documents retrouvés, susceptibles d’engendrer chez leurs semblables de terribles maladies. Au reste, il semble que les techniciens d’installation eux-mêmes aient été les premiers touchés, notamment dans leur capacité à engendrer une descendance (ce qui semble alors, et ce depuis au moins deux millénaires, un impératif sociétal fort).
Avec une montée en charge vertigineuse, le système arrive finalement à saturation. La demande en information continuant d’augmenter, de nouvelles stratégies sont mises en place pour augmenter les flux. Ainsi se formerait un véritable cercle vicieux qui confine à l’addiction. On sait à quel point homo sapiens sapiens était sensible et vulnérable aux addictions. Une vaste majorité de la littérature que l’espèce a produite ne se préoccupe que de ça ou presque : paradis artificiels, transes et autres émois y sont les thèmes les plus volontiers abordés.
Contrairement à d’autres addictions, qui certes avaient handicapé sérieusement les sociétés humaines, mais en en n’affectant qu’une proportion toute relative, l’addiction à l’information touche tout le monde. À divers degré, mais tout de même. Mais les diaristes grâce auxquels nous en avons connaissance — des diaristes qui semblent donc avoir pris un peu de recul face à cette véritable plaie qui afflige leur monde tout entier —, même eux, dis-je, même eux semblent en être affectés ! Ils parlent d’ailleurs en longueur de leurs propres quêtes d’informations au sujet même de cette addiction, et des ondes qui la permettent…
Étonnant, non ? Ce serpent qui se mord la queue… Nous avouons n’en pas revenir nous-mêmes. Mais le plus ironique est à venir !



Dernier ajout : 18 novembre. | SPIP

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