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Dimanche 17 mai

17 mai 2020

10

10. Promis, nous n’étions pas plus de 10. Nous étions même 10 exactement. 5+5. Ou 6+4. Ou 2+3+2+3, ou 2+2+2+2+2, ou 7+3, comme on voudra le décomposer. Deux familles avec deux papas, deux mamans, deux garçons nés en 2013, deux en 2016, et un garçon et une fille nés en 2019.
En revanche, pas sûr que certains aient respecté à la lettre les gestes barrière.
Mais voilà : c’est le retour de la vie sociale. Un déjeuner entre amis. Chez nos amis, puisqu’ils ont la chance d’avoir un jardin, et que, avouons-le, même moi le vieux citadin endurci que je suis ne peut que l’admettre : un jardin, il n’y a que ça de vrai !
Et soudain se retrouver dans cette douce indolence d’un dimanche entre ami. En pente douce vers la soirée.
Ce n’est que le soir, au moment du coucher, que je me suis aperçu combien j’avais goûté chaque instant de cette reprise, de cette amitié enfin déconfinée.
Certes, on a parlé virus, confinement, inquiétude d’avenir. Evidemment. Le moyen d’y échapper. Et puis de quoi sont faites les conversations entre amis, finalement ? De toute sorte de choses, bien sûr, mais le quotidien et les perspectives d’avenir y tiennent toujours une bonne place. Surtout depuis l’arrivée des enfants dans nos vies. Avant, on parlait films, livres, destinations de vacances. Avec les enfants, on parle crèche, école, dents, alimentations, activités extra-scolaires. Les films, livres et vacances sont toujours là, dans un coin : ils ne prennent pas vraiment la poussière, mais on les sort moins souvent, comme un livre de recettes qu’on aime toujours, mais qu’on n’a pas nécessairement le temps de mettre en œuvre. Aujourd’hui, on cause immunité, gestes barrières, vaccins — à égalité avec l’apprentissage du vélo, les caprices disputes et colères, et les nouveaux jeux des plus grands. Films et livres n’apparaissent plus du tout. Quant aux vacances, la question concerne moins leur destination que leur hypothétique existence.
Mais tout cela dans la douceur d’une terrasse arborée, dont les épais feuillages de printemps étouffent les cris joyeux des enfants au fond du jardin, qui font je ne sais quoi — vraiment je ne sais quoi : ils sont dans un grand trou, en train de creuser un autre trou plus petit, la mise en abyme parfaite et littérale. Mais ils sont convaincus quant à eux qu’ils se construisent une cabane. Grand bien leur fasse. Ça les occupe. Plus tard, les uns joueront aux dames pendant que les autres se liront des livres ou siesteront. Tranquillité.
Tiens, à propos de tranquillité ! Ça me fait penser que ce confinement, pour la première fois dans l’histoire, nous aura donné l’occasion de « mille villes tranquilles ». Comme quoi tout vient à temps à qui sait attendre.



Dernier ajout : 24 mai. | SPIP

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