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Vendredi 26 juin

26 juin 2020

Art contemporain — Chapitre 4

« Ces trous, là ? Non, ce n’est pas l’accident du camion. D’ailleurs, vous voyez bien : ils sont plein de peinture. Ça veut bien dire qu’ils étaient déjà là à ce moment. Non, ils sont arrivés bien avant. Y avait encore de l’eau au fond du canyon à cette époque.
« La pile était un lieu idéal pour ouvrir une échoppe pour les touristes qui venaient encore. La rivière était en contrebas, on pouvait y accéder sans problème et rapidement à pied, mais on était à l’abri de ses crus et des chutes de pierre des falaises, et la route y venait déjà — sa construction avait été lancée par la présidence de région en vue du chantier… L’été, il y avait là des tas de paillottes : buvettes, location de kayak, et même un camping une année. Tout ce qu’il fallait pour que les gens puissent profiter du coin.
« Sauf que, non seulement ce n’était pas très légal, tout ça, mais il y avait aussi là des petits trafics en tout genre. Rien de bien méchant, vous pensez ! Mais quand même. Avec des petites luttes de pouvoir intestine.
« Comme ça ne se passait que trois mois par an, que ça ne faisait pas de mal à grand monde, la maréchaussée fermait les yeux. Possible aussi que certains flics ou élus étaient dans le coup. On ne le saura jamais. Aucune enquête n’a jamais été menée jusqu’à son terme.
« Seulement, un jour, arriva ce qui devait arriver : un conflit a éclaté. On n’a jamais été trop sûrs de la manière dont ça s’est passé. Ce sont des gens du nord qui ont fait le coup et ils sont repartis aussitôt, on ne les a jamais revus. Pourtant, toute la région a été aux premières loges : difficile de ne pas voir leurs manigances, ils ne se cachaient pas, mais on ne s’est doutés de rien.
« Je me souviens parfaitement d’eux. Ils sont arrivés par le train : je revenais de voir mon père qui n’allait pas bien, et je me suis retrouvé dans le même wagon qu’eux. Je les ai tout de suite remarqués, ils détonnaient un peu sur le reste des passagers. On était en plein été et eux avaient l’air très sérieux, habillé classe, bien coiffé. Ils avaient bien des lunettes de soleil, mais ce n’était pas des plagistes, si vous voyez ce que je veux dire. On aurait dit James Bond, vous savez : baraqués et tout. On pouvait voir leurs muscles qui jouaient sous leurs costards bien ajustés. Quand on est arrivés en gare, j’ai cru voir un pistolet sous la veste de l’un d’eux quand il a récupéré son attaché-case dans le filet à bagage au-dessus, mais je me suis dit que j’avais rêvé. En fait non, pas du tout.
« Descendus sur le quai, ils n’ont pas perdu de temps. Je ne sais pas s’ils connaissaient le coin, mais c’était tout comme. D’un pas décidé, il se sont dirigés vers une grosse berline noire qui les attendait sur le parking. Je me souviens, là encore, que j’ai été étonné, puisque l’un d’eux, le plus petit, est allé ouvrir le coffre, mais il n’a rien mis dedans : il s’est contenté de regarder, comme s’il vérifiait quelque chose. Et puis ils sont montés tous les quatre dans la voiture qui est partie en trombe. »



Dernier ajout : 10 juillet. | SPIP

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