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Vendredi 24 juillet

24 juillet 2020

Art contemporain — Chapitre 17

« Quelques jours — ou étaient-ce quelques semaines ? — plus tard, il est revenu. Il m’a appelé sitôt descendu de l’avion, et m’a demandé si je pouvais lui faire visiter la région. Je l’ai retrouvé accompagné d’un petit entourage. Cinq ou six personnes en tout qui voyageaient léger. Quand je les ai vus, même s’ils ne disaient toujours rien, j’ai un peu plus compris. C’était presque une caricature. L’un d’eux, en béret bleu et veste d’un orange éclatant, n’arrêtait pas de regarder le paysage à travers le cadre de ses mains formant un rectangle devant lui. Même ma petite fille a deviné !
« Un autre est allé directement au syndicat d’initiative. Trouvant porte close, il a fait lui-même le tour de tous les hôtels et restaurants du coin, demandant à voir les chambres et autres accommodations, puis les loueurs de voiture, les artisans du coin… Il est même allé à l’usine de peinture, posant toute sorte de questions.
« Pendant ce temps-là, le premier type et les autres arpentaient la région de long en large avec moi. Le premier jour, ils avaient amené des drôles de petits trucs roulants et soufflants, pour éviter de trop se fatiguer à marcher. Ils m’en ont proposé un. J’ai essayé, c’était très rigolo ! Mais on a abandonné rapidement. Ça ne passait pas du tout sur les sentiers et dans les rochers. Même avec la soufflerie et le système de ressorts qui étaient censés nous faire sauter au-dessus des obstacles. Alors on a tout fait à pied. Ils savent plus quoi inventer, vraiment.
« Le plus souvent, on commençait nos journées au pied de la pile, puis on partait, à pied, dans une direction ou une autre. En amont, en aval, vers le plateau, vers la ville, vers le village. On en a fait des kilomètres !
« Au bout de quelques jours, je crois qu’ils connaissaient le coin comme leur poche. Grâce à eux, j’ai même découvert une petite grotte dans le canyon que je ne connaissais pas ! Dans un méandre de la rivière, où je n’allais plus jamais. Je connaissais bien les gorges, pourtant ! Mais l’ouverture de la grotte se situait juste dans le passage le plus fun des rapides, je n’y avais jamais prêté attention. Et depuis que la rivière était asséchée, je n’y passais plus jamais : ce n’était pas très praticable à pied. L’entrée était assez étroite mais, passée un goulot un peu biscornu s’ouvrait un espace vaste et très haut de plafond, quasiment sans stalactite ni stalagmite, ce qui est assez rare pour ce genre de grotte. Mais son inondation régulière par les eaux du torrent avait empêché toutes les accrétions. Résultat, c’était un lieu parfait pour tourner l’une des scènes de leur film.
« On se demandait bien de quoi ce film allait parler pour avoir besoin de tout ça. Les rumeurs allaient bon train parmi nous. On fantasmait sur les stars qui viendraient et que l’on croiserait dans la rue. Certains se sont même dits qu’un nouvel avenir était peut-être possible, que la région était sauvée. J’avoue, j’en faisais partie.
« De fait, je crois que la région leur donnait pleine satisfaction : en venant ici, ils pensaient faire de très belles économies, en main-d’œuvre, en construction de décor, en logement.
« En fait, ça n’a pas été une si bonne affaire que ça… »



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