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2 (version de travail)

15 septembre 2020

Art contemporain — version de travail

Aujourd’hui encore, il est difficile de le décrire.
La forêt secondaire est si touffue et les plantes grimpantes s’enroulent tant et tant autour de lui qu’on n’a jamais pu l’embrasser d’un coup d’un seul du regard dans son entier. Toutes les tentatives qui ont été faites de le dégager de sa gangue de végétation ont été vaines : même lorsqu’on parvient à se débarrasser de quelques plantes grimpantes, les plantes voisines et intelligentes, qui formaient au reste avec celles qu’on a élaguées (comme l’ont si brillamment démontré Hirubota et Moiloiroimoinoi) un réseau étroit et entremêlé, prennent leurs places dans les heures qui suivent — s’enlaçant autour de lui comme un enfant s’accroche aux basques de ses parents. Il suffit d’arrêter un instant le travail de défrichement pour le voir aussitôt réduit à néant.
Tentons toutefois.
Et d’abord l’environnement.
L’édifice s’élève donc au milieu de la forêt secondaire, dans un paysage au reliefs extrêmes. Il est ainsi posé au bord de ce qui apparaît comme gigantesque précipice dont les méandres serpentent sur des dizaines kilomètres. Bien que profond de plusieurs centaines de mètres et d’une largeur qui oscille sur sa longueur entre cinquante et deux-cent-cinquante mètres, ce précipice n’est pas perceptible à l’œil nu : la végétation qui le surplombe forme comme un plancher permettant de passer d’une rive à l’autre sans s’apercevoir de la dépression. Ce phénomène a, encore une fois, été parfaitement décrit par nos collègues Hirubota et Moiloiroimoinoi dans leur description de la forêt secondaire. D’autres faux-planchers verts couvrent également un certain nombre de petites dépressions circulaires d’origine inconnue, mais qu’on imagine aisément être de petits cratères créés par la chute de météorites en un temps très reculé.
L’abondante végétation témoigne de la richesse incroyable des sols ainsi que de l’abondance d’eau dans cette région au climat tropical humide monosaisonnal. Mais les travaux des étudiants d’Hirubota et Moiloiroimoinoi nous ont appris que cela n’a pas toujours été le cas. Selon eux, à l’époque de l’élévation du monument (aux alentours de -7000 et -3000 Avant Révélation, rappelons-le), le plateau était complètement désertique. Ce qui rend, au reste, son édification à cet endroit précis plus mystérieuse encore. Mais n’anticipons pas.
Le monument en lui-même prend vraisemblablement racine dans des fondations qui s’enfoncent de plusieurs dizaines de mètres dans le sol lui-même, en dessous le plancher végétal — qui en cache donc aux regards une bonne douzaine de mètres.
De là, il s’élève directement vers le ciel, révélant à mi-hauteur une structure creuse et bifide se sépare graduellement dans un mouvement délicatement hélicoïdal. Jusqu’à cette rupture, à une cinquantaine de mètres du sommet : alors que l’un des brins poursuit sa course vers la nue, l’autre fait un coude soudain et semble comme une branche d’arbre qui ploie élégamment vers le sol. La surface est piquée de multiples barres fait d’alliage de fer et de carbone, qui sortent tantôt comme de pics horizontaux, tantôt comme des anneaux, tantôt comme des aiguilles pointées vers le ciel, tantôt complètement tordues, et autour desquels les arbres se sont enroulés de plus belle, comme pour les arracher de leur embase.



Dernier ajout : 21 septembre. | SPIP

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