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Art contemporain – Chapitre 9 (version de travail)

29 septembre 2020

Cette présence de restes humains est l’une des grandes découvertes que nous avons pu faire lors de notre dernier chantier archéologique sur le terrain.
Leur détection est, nous l’avouons, le fruit d’un hasard absolu. L’un objets centraux de notre étude était la fresque. Dès notre arrivée, nous avons donc voulu la documenter entièrement, jusque dans ses moindres recoins, et jusqu’au fond des anfractuosités multiples qui en ornent gracieusement la paroi. La base mise à part (pour laquelle nous avions déjà prévu d’envoyer les rongeurs), le principal défi était de prendre des clichés de la vaste niche, sans l’endommager. Un défi parce que la niche elle-même était envahie d’un réseau étroit d’une liane arborescente rampante ou grimpante, dont les entrenœuds sont munis de racines adventives transformées en crampons et qui s’agrippait ainsi à la paroi comme on la voit couramment alentour s’agripper sur les troncs des arbres.
Ces crampons sont parfois incroyablement difficiles à décoller. Si nous y sommes parvenus sans trop de mal pour l’essentiel, deux ou trois crampons ont fait de la résistance et l’un d’eux est parti avec un éclat de vernis. Cet incident malheureux — au reste très dommageable pour l’intégrité de la fresque et qui soulève parmi les spécialistes de grandes interrogations quant à sa restauration — nous a toutefois permis plusieurs découvertes importantes : d’abord, l’épaisseur très variable du vernis selon les endroits de la paroi (qui varie de 1 à plus de 10 microarcs par endroit — en l’occurrence, le morceau arraché était d’environ 1.2 microarcs d’épaisseur), ensuite les empilements de couleurs qui semblent pourtant ne jouer que peu de rôle dans le résultat final (ce qui interroge, là encore, sur les techniques mises en œuvre), et enfin la découverte principale : incrustés dans la paroi, des restes de tissu humain associé (mais non mêlé) à du tissu d’origine végétal manifestement manufacturé.
Ne voulant pas endommager davantage le monument, nous n’avons pas poussé plus avant nos investigations, mais, selon toute probabilité, d’autres restes humains (appartenant sans doute au même individu) se trouvent également sous la surface que nous avons accidentellement mise à nue. Si la présence de ces tissus à cet endroit interroge évidemment, elle témoigne en tout cas de l’exceptionnelle qualité du vernis, qui a permis de les conserver intacts pendant des millénaires.
Un processus qui en rappelle d’autres, de « momification ». Si la quasi-totalité de ces momies, de toutes origines et époques, a disparu dans les divers cataclysmes, conflits et pillages qui ont marqué les quelques siècles avant et après la Révélation, un faisceau d’indices et de témoignages concordants nous invitent à penser que de telles pratiques existaient dans les rites funéraires de diverses civilisations, garantissant le bonheur du défunt dans l’au-delà. Il est fort possible que nous soyons donc ici en présence d’un de ces processus de momification, une momification qui participe du tombeau lui-même, en tant qu’elle s’y intègre et en fait partie.
Cette découverte ouvre donc un nouvel et vaste horizon pour notre recherche d’explication de notre édifice si original : serait-ce un tombeau ?
En ce cas, eu égard à ses dimensions gigantesques, c’est très probablement le tombeau d’un souverain. à l’instar des pyramides d’Ægupte (au sujet desquels nous renvoyons à nos précédents travaux), la majesté et la grandeur du tombeau renvoie à la majesté et la grandeur du souverain. Ce serait donc ici un souverain puissant — voire sur-puisssant, oserait-on ajouter. Un souverain unique, également : sans doute un conquérant qui a su unifier un large territoire sous sa bannière, territoire qui, son règne achevé, s’est hélas rapidement délité (peut-être en raison d’un conflit de succession) — sinon, nous aurions retrouvé d’autres mausolées du même acabit (ou du moins des traces), qui formerait une véritable vallée de tombeaux dynastiques.
La forme adoptée pour le mausolée renvoie certainement à religion ou à la cosmogonie du souverain et de ses sujets — difficile, hélas, de s’en faire une idée, d’autant que, selon les auteurs de Histoires des religions aucun culte ne s’est jamais réuni sous un tel totem.
Comme souvent, chaque hypothèse, chaque début d’explication, appelle de nouvelles questions plus nombreuses encore : les restes que nous avons découverts sont-ils ceux du souverain lui-même ? Ou ceux d’un de ses servants, enterrés avec lui comme cela pouvait se faire ? Y a-t-il d’autres corps pareillement emmurés ?



Dernier ajout : 20 octobre. | SPIP

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