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8 octobre 2020

Lorsque nous avons monté cette expédition pluridisciplinaire, nous étions, avouons-le, raisonnablement optimistes quant à nos chances de découvrir le secret de cet artefact, qui laisse muet tous ceux ayant le bonheur d’y poser le regard. Nous avions tort. Arrivés au terme de notre enquête, il nous est aujourd’hui difficile de conclure, tant celle-ci nous paraît inachevée et incomplète.
À l’instar du monstre de légende, dont chaque tête tranchée donnait naissance à deux nouvelles, chaque réponse à laquelle nous sommes parvenus a soulevé d’autres questions. Dans une progression apparemment exponentielle. Alors quoi ? Totem ou bitte d’amarrage ? Autel ou défi lancé au divin ? Clocher ou mausolée ? Fosse commune ou bunker ? Cadran solaire ou monument aux morts ? Outil d’étude astronomique ou arme de guerre ?
Nous avons en outre envisagé bien d’autres hypothèses, mais n’avons retenu ici que celles qui nous paraissaient les plus pertinentes ou les plus significatives. Nous nous sommes également efforcés de nous dégager de toute idéologie qui tenterait de faire entrer au chausse-pied notre monument dans une théorie préfabriquée ou fantasmée.
Chaque hypothèse exposée ici explique certaines caractéristiques du monument, mais finit toujours par se heurter à une ou plusieurs objections irréconciliables. Impossible de cocher toutes les cases, à moins d’une intervention extérieure et postérieure — laquelle, au reste, peut aussi très bien remettre en cause l’hypothèse considérée.
Nous ne pouvons pas non plus écarter la possibilité que ce lieu atypique, bien qu’édifié à une période particulière et relativement ramassée dans le temps, ait pu servir diverses fonctions au cours des siècles : conçu pour une chose puis abandonné par ses créateurs, il a pu être détourné pour un autre usage par les populations qui les ont remplacés. Il n’est pas non plus exclu que ce genre de réappropriation se soit produit à plusieurs reprises.
Dans l’état actuel de nos connaissances, il nous est impossible de trancher et nous ne pouvons aujourd’hui qu’espérer que, dans les années ou les décennies à venir, les avancées scientifiques (historique, géologique, ethnologique…), bonds technologiques et raffinement des outils et méthodes d’analyse nous le permettront. Si possible, dans un avenir proche, afin que nous soyons encore là pour en profiter.
Cependant, s’il ne ressemble à aucun autre, notre artefact n’est ni le premier, ni le dernier, pour lequel la communauté scientifique ne trouve aucune explication pleinement satisfaisante. Ce n’est ni la première, ni la dernière énigme à nous laisser ahuris et stupéfaits. Rassurons-nous en nous rappelant que, pour toutes les autres, les réponses, bien qu’incomplètes, tombent les unes après les autres, reconstituant peu à peu, au fil du temps, un puzzle qui, soyons-en sûr, nous révèlera un jour ses secrets. Parfois, il ne suffit que de prendre un peu de champ, pour en avoir une vision plus globale et faire jaillir ainsi la solution.
En attendant, nous pouvons toujours contempler ce monument à la beauté minérale, si singulière et éternelle, tel un être fantastique perdu dans la forêt vierge.
Enfin… perdu : pas tout à fait.



Dernier ajout : 18 novembre. | SPIP

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