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Des œuvres et des hommes

En lisant

mardi 15 décembre 2009, par Jérémie Szpirglas

"Les œuvres devraient donc jouer le plus grand rôle. Mais en est-il ainsi ? Nullement. Ce qui attire l’écrivain, ce qui ébranle l’artiste, ce n’est pas directement l’œuvre, c’est sa recherche, le mouvement qui y conduit, c’est l’approche de ce qui rend l’œuvre possible : l’art, la littérature et ce que dissimulent ces deux mots. De là que le peintre, à un tableau, préfère les divers états de ce tableau. Et l’écrivain souvent désire n’achever presque rien, laissant à l’état de fragments cent récits qui ont eu l’intérêt de le conduire à un certain point et qu’il doit abandonner pour essayer d’aller au-delà de ce point. De là que, par une coïncidence à nouveau étonnante, Valéry et Kafka, séparés par presque tout, proches par leur seul souci d’écrire rigoureusement, se rencontrent pour affirmer : « Toute mon œuvre n’est qu’un exercice. »"

Maurice Blanchot, La disparition de la littérature in Le livre à venir, Folio Essais n.48, p. 271