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Triste Topique

vendredi 15 janvier 2010, par js.bach

Pour beaucoup d’artistes (je le constate notamment avec beaucoup de force chez les compositeurs d’aujourd’hui, mais aussi chez moi), la théorie esthétique (et/ou critique) constitue comme un sur-moi au moi créateur. Sur-moi qui, comme à son habitude, peut aussi bien jouer un rôle d’inhibiteur que d’empêcheur de tourner (en rond, ovale ou carré selon ses préférences personnelles, ou même en errance aléatoire en deux ou trois dimensions), d’avancer. L’esthétique devient une critique intrinsèque, en soi, qu’il faut savoir dépasser — un peu comme les effets de mode, bien que de manière sensiblement différente.

(Au passage, j’ai quant à moi la malchance de voir souvent s’incarner (dans le sens premier du mot) cet immense, menaçant, intimidant, sur-moi qui semble lire chaque mot derrière mon épaule et juge sans cesse, avec une partialité exaspérante, faite de préjugés et d’exigence.)

Ce dépassement n’est nullement aisé : on cherche chacun sa place dans l’histoire. Si, déjà, si peu de monde s’intéresse (véritablement, honnêtement, profondément) à Beethoven, Proust ou Bergman, comment justifier l’intérêt que l’on pourrait susciter au sein du public ? Comment laisser parler simplement l’expressivité (quelle qu’elle soit) de son langage, sans le torturer, le détourner de son lit ?

Ceci dit, si l’on y réfléchit bien, pour bien dépasser une telle barrière, aussi monumentale et inconsciente que celle-là, ne faut-il pas accepter sa présence, la (re)connaître, afin de mieux s’en détacher, s’en écarter sans s’écarteler ?