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Des histoires de familles

Mercredi 27 mai 2026

mercredi 27 mai 2026, par Jérémie Szpirglas

Des histoires de famille, j’en ai plein les tiroirs — et pas que les tiroirs du reste. J’en ai des grandes, des belles, des minables, des drôles, des touchantes, des émouvantes, des tragiques, pour tous les goûts et de toutes les couleurs.
J’en ai plein, que je raconte volontiers, au détour d’un dîner ou d’un verre à moitié plein (oui, je suis comme ça, moi, aujourd’hui du moins), et qui enchante, je crois, réellement mon auditoire. Des histoires fascinantes, une véritable épopée, qui inscrit la trajectoire transitoire de ma famille dans la grande, avec sa grande hache, comme disait l’autre.
L’autre, d’ailleurs, qui n’a jamais fait que ça, et avec quel génie : raconter sa famille, ses absences, ses deuils, son mode d’emploi quand on l’a égaré. Qui l’a fait avec toutes ses contraintes, qui le forçait finalement à les faire jaillir de lui, à soulever le refoulé.
Mes histoires de ma famille ne sont les mêmes que les siennes. Bien souvent bien moins dramatique, et c’est heureux. Elles méritent cependant, je pense, d’être racontées, d’être mises en forme. Et là encore : l’écriture comme une série de problèmes à résoudre.
Comment ? Sous quelle forme ? Comment concaténer ce qui parfois n’est qu’une série d’anecdotes à la plausibilité douteuse ? Comment donner à voir ce bouillonnement d’histoires, cette multiplicité de versions, de points de vue ? Comment saisir, aussi, la manière dont ces histoires se figent peu à peu dans une narration unique, pas forcément univoque, mais peu à peu fossilisée, sur laquelle se sédimentent peu à peu les ajouts et sels de la série téléphonarabique des locuteurs ?
Ça, c’était le premier problème, que je crois être parvenu à résoudre, même si y a plus qu’à, comme qui dirait.
Vient le second : comment me défaire de la culpabilité de voler la parole des autres membres de ma famille ? Pour les plus anciens, ce problème n’en est plus un, ou presque — et, dans le même temps, que je crois que ce roman serait presque plus écrit pour eux, pour qu’ils sachent que leur mémoire perdure sous une forme ou une autre, que pour les nouveaux venus. Mais pour les moins anciens comme les moins jeunes ? Peur, parfois, de les enfermer dans une image d’eux-mêmes qui, malgré tout l’amour que je peux y mettre, ne sera certainement pas la leur ?