Accueil > Langues oubliées > Busy making other plans
Busy making other plans
Lundi 15 juin
lundi 15 juin 2026, par
« Life is what happens when you’re busy making other plans. »
Il est bien gentil, John — ou le sage zen quelconque auquel il a chipé l’idée —, mais si on fait des plans (sur la comète), c’est peut-être qu’on a à faire. Ce ne sont pas des plans en l’air (et les parties de jambe avec), ils ne sont pas là par hasard. Souvent ils répondent à des impératifs (avec point d’exclamation), ils doivent remplir des obligations, assumer des responsabilités, nourrir les enfants, faire chauffer la popote, mettre du beurre dans les épinards (miam).
C’est pas la vie, ça, mettre du beurre dans les épinards ? Si c’est pas la vie, je veux bien être mangé à la place — des épinards ou du beurre, comme on voudra. Et si on ne suit pas ses plans… ben, on n’est pas dans la merde, tiens. Tu crois qu’ils vont nous donner du beurre — et même des épinards — si on ne se tient pas à ses engagements. Des engagements pris, laborieusement, au jour le jour, heure après heure : d’abord ci, puis ça, et encore ceci, après quoi cela, bien sûr, avec une petite pause déjeuner quand même entre les deux.
Alors il est bien gentil, le John — ou le sage shinto bas de plafond qu’il a pillé sans scrupule —, il avait pas à s’en soucier, lui, du beurre, ou des épinards — sans doute qu’il aimait pas ça, le sale gosse : je le vois bien rechigner, repousser son assiette avec une moue dégoutée, disant « J’aime pas », alors que la veille, ou la semaine d’avant, il avait dévoré, seulement pas aujourd’hui, aujourd’hui c’est caprice — c’était pas dans les plans, hein, papa ? Mais parce que c’est la vie : ton plan, c’était que je bouffe ton assiette d’épinards, mais non, moi, la vie, j’en ai décidé autrement, j’en veux pas de ton assiette d’épinards, et encore moins du beurre qui fond dessus. Alors, forcément, quand ni les épinards ni le beurre n’est un réel enjeu, alors on peut raconter des sornettes et dire que la vie c’est pas ça, la vie, c’est pas le beurre, c’est pas les épinards. La vie, c’est ce qui arrive pendant qu’on les prépare mais qu’on va pas les manger et qu’on va devoir les jeter, parce que ça va se perdre.
Alors quoi, la vie, c’est l’insouciance, c’est l’irresponsable, c’est l’aquoiboniste, c’est le j’menfoutisme ? C’est le j’reste au lit parce que je suis fatigué, non mais sans blague ? On verra bien. Et puis les plans, on peut les refaire, c’est pas gravé dans le marbre — non : seulement écrit sur une feuille blanche où se barrent un à un les items —, faut savoir être souple, agile, adaptatif, savoir improviser. Oui oui. C’est bien joli tout ça, mais y a dates butoir, ultimatum. On peut pas tous se permettre d’émettre des ultimatums et de les rallonger à tout bout de chant.
Alors, il est bien brave, Johnny — ou l’érudit sagace, frappé d’interdit, foudroyé de clairvoyance, qu’il paraphrase sans citer ses sources —, lui chantait tout l’été, et puis dansait aussitôt après, tout le monde en r’demandait.
Inachevé.net