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Que veux-tu dire ?
Vendredi 19 juin
vendredi 19 juin 2026, par
Que veux-tu dire quand tu crées ? Que veux-tu dire quand tu écris ? Veux-tu d’ailleurs dire quoi que ce soit quand tu écris ? Ou alors écris-tu parce que c’est comme ça, parce ça se fait, c’est ce que tu as choisis de faire, parce qu’on te le demande aussi, souvent ? Pourquoi ce mot ? Et celui-ci, que tu mets juste à côté, pour lui tenir compagnie — a priori pour l’éternité, tu les as posés ensemble, c’est fini, on espère qu’ils s’entendront bien parce que ça ne bougera plus ? Parce qu’ils prennent vie, ces mots, une fois posés ensemble, c’est la vibration entre eux qui les anime, comme ces battements interférentiels entre deux notes proches en fréquence produites ensemble, cette irisation du timbre — irisations de la lumière aussi, de deux étoiles lointaines qui nous paraissent proches (souvenir incertain du Michelson, il doit bien y avoir des lasers qui trainent là-dedans) ? Alors pourquoi les mettre ensemble ? Pourquoi raconter cette histoire ? Ou plutôt re-raconter cette histoire déjà mille fois narrées ? Pourquoi ces élans amoureux, ces désespoirs terminaux ? Pourquoi imaginer ces trajectoires, ces personnages, ces décors ? Pourquoi les inventer alors que le réel est là ? Comme si le réel ne suffisait pas, comme s’il n’était pas suffisamment éloquent ? Pourquoi aller chercher des dispositifs, des formes, des plans, comme pour ordonnancer le chaos ? Au lieu de raconter le chaos lui-même ? Comme si on voulait absolument faire cracher le chaos, lui extirper des aveux à tout prix ? N’es-tu point, toi, créateur, le tortionnaire du réel, auquel tu tiens absolument à faire dire ce que tu veux entendre ? Tu les lui feras signer, ses aveux, au réel ? Tu te crois assez puissant pour ça ? Tu crois en avoir le droit ? Tu crois avoir les moyens de le faire parler ? Mais, et on en revient toujours là, pour dire quoi ? Pourquoi veux-tu dire ce que tu veux dire quand tu crées ? Parce que ça te rassure ? Parce que ça te conforte ? Parce que ça te pousse dans tes retranchements ? Parce que ça t’amuse ? C’est du beau, tiens — et tu voudrais qu’on te félicite pour ça ? Parce que tu as réussi à détourner le réel ? Parce que tu es parvenu à en exprimer comme une huile essentielle de vérité, que tu verserais précautionneusement dans une petite fiole, tel un philtre d’amour ? Et qui voudras-tu enivrer de ton philtre ? Alors c’est pour ça que tu crées ? Finalement, as-tu quoi que ce soit à dire ?
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