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Le temps de
Jeudi 25 juin
jeudi 25 juin 2026, par
Tiens, ça tombe un jeudi, cette année. On aurait pu le calculer, on a bien dû, un jour, le calculer. On avait oublié. Ça prend par surprise comme ça, au dernier moment, au petit matin, sans tambour ni trompette, sans drapeau ni invitation. Pas de goûter non plus. On a passé l’âge. Il reviendra, mais pas tout de suite.
En attendant, il s’agirait de s’échauffer. C’est le mot juste et pourtant. Pourtant il semble incongru. Comment s’échauffer lorsque tout est chauffé à blanc. Se dégourdir ? Pas beaucoup mieux. Aller : chercher, chercher encore. C’est le but du jeu, non ? Chercher, tenter, essayer, faire rentrer le rond dans le carré. S’assouplir, s’évader, on penche la tête en arrière, on ferme les yeux, on les repose de cette nuit si peu reposante. On espère qu’il n’y aura pas trop de fautes de frappe en les rouvrant. Et on se laisse aller. On se concentre sur ce Biber qui passe, variation après variation. Bloquer le reste. Qu’importe ce qu’on écrit, le doigts doivent chanter sur le clavier. Petit rythme, par grappes. On s’échauffe. On se dégèle, on s’exalte, on s’emporte, on prend son essor, on prend appui sur cette basse obstinée pour s’envoler vers la nue.
Parce qu’après tout, ce n’est pas parce que ça tombe un jeudi qu’on peut y couper. Non, pas d’excuse. Pas aujourd’hui, jamais. Est-ce cela aussi la discipline ? Donner le sentiment que le temps n’existe pas ? En l’organisant rigoureusement, donner l’illusion d’une permanence ? En mettant les choses dans les boites, donner l’illusion que rien ne déborde de la psyché ? Répéter, affiner, perfectionner, à la manière des estampistes japonais, jusqu’à l’épure, le geste réduit au geste, le sens réduit au sens, le symbole au symbole, la table à la table, l’artiste dans son atelier.
Rien ne doit changer. La répétition ad vitam — ou plutôt non. On se console comme on peut. Personne ne lira, tout le monde oubliera. On oubliera même que c’est tombé cette année un jeudi. Parce que c’est sans importance. Et essentiel tout à la fois. L’essence dessous l’innocence.
« L’essence dessous l’innocence. »
Ça y est : la formule est tombée : l’épure est là : les doigts soudain restent en l’air, le rythme se suspend. Inutile d’aller plus loin.
« L’essence dessous l’innocence. »
On relit, on apprécie la musicalité, la répétition vocalique, et ce « dessous » qui sert comme de point d’équilibre à la balance, ce « dessous » qui parait au premier regard un peu balourd, c’est ce « dessous » qui confère le sel poétique.
« L’essence dessous l’innocence. »
Stop.
Inachevé.net