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Oh que c’est beau !

Vendredi 10 juillet

vendredi 10 juillet 2026, par Jérémie Szpirglas

Oh que c’est beau !
On l’a tous entendu un jour. Et on l’a cru. Et on l’a appris. Et maintenant, on répète, comme des moutons.
Oh que c’est beau !
Une montagne, la mer au loin, une skyline, un cumulonimbus bourgeonnant.
Oh que c’est beau !
Les volets s’ouvrent sur une campagne verdoyante.
Oh que c’est beau !
Que se passerait-il si, chaque fois, depuis tout petit, on nous avait dit : Oh que c’est laid ! Cachez cette vue que je ne saurais voir !
Alors tout le reste : Vermeer, Rembrandt, Bach, Beethoven, Eisenstein, Orson Welles, les pyramides. Laid, laid, laid, d’une laideur insupportable.
Paraitrait que les goûts et les couleurs ne se discutent pas. On a pourtant du mal avec ceux qui n’aiment pas le chocolat, que la mer, la montagne enneigée, laissent froid.
Y a-t-il le moindre aspect du beau qui soit inné et non acquis ?
On pourrait même aller plus loin : quelle est la véritable part de l’inné et de l’acquis dans l’émotion ?
Pour quelqu’un qui crée, ou qui prétend créer (comme moi), c’est en vérité une question essentielle. Si tout le métier de création consiste à jeter une lumière nouvelle sur un èthos éternel (l’amour, le bonheur, la mort), que se passerait-il si ce sujet éternel n’était pas préinscrit dans nos imaginaires ?
On peut encore aller plus loin : certaines fonctions vitales sont innées et universelles : la respiration, la marche, la préhension… Et si notre sens du beau était non seulement inné mais aussi universel que ces fonctions premières ? Alors d’immenses territoires de l’imaginaire nous seraient à jamais inconnu car personne n’aurait ni l’idée ni le goût de les explorer.
Fort heureusement, le beau est sujet à de menus variations d’un sujet à l’autre. Mais, à ma connaissance, pas celui associé à la nature — quoique, j’en connais plus d’un que les chants d’oiseau agacent au plus haut point.
La prochaine fois que l’envie irrépressible de s’écrier :
« Oh que c’est beau ! »
t’envahira, tente un instant, avant d’en profiter enfin, de déterminer pourquoi, et si ce beau est si beau que ça, si on ne te l’avait pas seriné.