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Se refaire
Lundi 13 juillet
lundi 13 juillet 2026, par
« On ne se refait pas. »
Il parait. C’est ce qu’on dit en tout cas.
Et en tant qu’écrivain, se refait-on ? J’aime à le croire, j’aime à le penser, mais je n’en suis pas persuadé. Certes, je peux citer, de tête, certains écrivains qui semblent se réinventer à chaque nouveau livre. Un Pérec, par exemple, qui revisite à chaque aventure littéraire un genre différent — mais se refait-il pour autant ? C’est toujours sa persona d’écrivain, ses lubies, ses obsessions, ses névroses qui chaque fois resurgissent.
Tout ça pour arriver à ceci : j’aimerais parfois me refaire en tant qu’écrivain.
Exemple : j’adore la truculence. J’aime les histoires, les personnages, les situations truculentes. Je m’en repais : Rabelais, les Valeureux, Mangeclous… Ces épopées improbables, tirées par les cheveux, burlesques et débordantes d’humanité.
Idem pour les à-côtés du réel, rendus possibles par la seule alchimie de la langue et de l’imaginaire : les Kafka, Borgès, Melville. J’adore.
J’aimerais pouvoir écrire comme ça. J’adorerais. J’y travaille du reste. Anthropocène, par exemple, était l’une de ces tentatives. Et j’ai dans mes tiroirs à idées plein d’esquisses et de débuts de roman qui en relèvent. Mais suis-je pour autant capable de produire un Bartleby ou un Bartlebooth ? Un Mangeclous ou un Gargantua ? Non pas qu’il soit nécessaire d’en produire de nouveaux : ils sont là, ils existent, quelle idée de vouloir les copier ? Mais un personnage de cette trempe, de cette démesure, de cette déraison ? Oh que oui, j’aimerais. Et pour l’instant, je ne suis parvenu qu’à un pseudo-tueur en série (Je suis guéri) et à une absurde pile de pont (Anthropocènehttps://www.publie.net/livre/anthro...).
Même dans la comédie romantique à laquelle je m’attèle au quotidien depuis quelques mois, les personnages sont tous doués d’une sensibilité raisonnable, d’une raison sensible. Alors, bien sûr, on me rétorquera que ce genre de texte n’est pas le lieu d’une telle invention hors norme. Possible. Mais la question n’est pas là : en suis-je même capable ?
Et plus encore : mon amour pour eux vient-il justement de mon incapacité à les inventer moi-même ?
Inachevé.net