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Échauffement
Mardi 11 août
mardi 11 août 2026, par
Au petit matin, souvent avant le lever du soleil, à la fraiche, quelques étirements alternent avec les premières foulées. Doucement. Sans timidité ni prudence, mais se gardant de tout excès précoce. Le souffle est court encore, et on s’en aperçoit encore — bientôt, on oubliera. Les mollets gardent un peu de leur raideur ensommeillée, le haut des cuisses, juste au-dessus du genou, ça serre, comme si les muscles devaient s’y faire leur place. Pendant ce temps, l’esprit fait le tour de la machine, comme une check-list d’aviateur, faire tomber les épaules, redresser la tête, veiller aux reliefs du terrain. Quand on a le temps du moins — quand ce n’est pas au saut de la bannette, pour une manœuvre anticipée ou non après une trop courte sieste.
J’ai encore en mémoire — mémoire musculaire, ancrée dans la chair comme la marche — les premières rotations des poignets — ça tire, ça fait presque mal, mais j’apprécie cette tension, ces élancements, ces picotements de chaleur —, et puis les doigts qui tombent sur la touche pour les premiers exercices pour se délier — précision, percussion, l’esprit encore vierge dans chaque détente de muscle —, le bras droit qui s’étend avec l’archet — on prête attention, sans y penser, à l’axe du mouvement, à ne pas dévier, au pouce qui se déploie, au petit doigt qui perd contact avec la baguette. Entre deux lignes de doubles, on s’égare dans une Partita ou un trait de concerto, comme ça, pour voir. Et puis on y revient. Une petite gamme, chaque jour une tonalité différente, des doigtés différents, des arpèges différents. Y en a qui aiment ces moments. Moi-même, je les ai aimés à une époque.
Mais alors ici : comment ? Comment s’échauffer au clavier, devant son écran ? Comment délier ses doigts, délier son imaginaire, délier son style ? Comme trouver son rythme, sa respiration ? Quels exercices ? Quelles gammes pour le plumitif quotidien ? Je m’imagine en compositeur, pondant chaque matin une nouvelle variation sur un thème, toujours le même — rituel matinal et sans enjeu. On veille à son petit confort, à la position du clavier, de la souris, du fauteuil — faudrait pas non plus se faire une tendinite dans la journée, ou un lumbago faute d’une posture adéquate. On veille à poser ses pieds bien à plat sous le bureau. Comme le violoniste, on se satisfait des doigts tombant bien droit et efficacement sur les touches — et pas à côté, pas de ces fautes de frappes qui deviennent trop souvent des lapsus clavierae. Alors oui, ça peut être ça, l’échauffement. Faire tourner la machine à verbe, dans une petite logorrhée (hé hé), comme pour faire le vide, faire de l’ordre dans les idées. Veiller au relief du terrain — quand bien même on le connait par cœur à force.
Jusqu’à ce que le premier appel de la journée ne nous détourne de ce beau sentier qui mène vers les sommets — sommets qu’on ne verra donc que d’en bas, hélas.
Inachevé.net