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La Divine Procrastrination

Mercredi 12 août

mercredi 12 août 2026, par Jérémie Szpirglas

Si nous autres, qui pensons avoir toute la vie (si courte soit-elle) devant nous, sommes si souvent enclins à la procrastination, qu’en est-il des dieux, qui ont toute l’éternité devant eux ? Repoussent-ils eux aussi au siècle suivant ce qu’il pourrait faire à la seconde même ? Zeus aurait-il la flemme de récupérer la foudre qu’on lui a dérobée — un jour de plus sans orage, que lui importe finalement ? Demeter paresse-t-elle au lit certains matins, se disant qu’elle fera gonfler les épis de blé le lendemain ? Hadès se dit-il parfois qu’il va prendre quelques jours de congé, laissant les mortels à l’agonie souffrir au bord de l’abyme ?
Et si l’on troque les panthéons antiques pour le dieu unique des religions du livre, cela trancherait l’éternel débat de l’interventionnisme parfois capricieux du tout puissant. Dieu ne se serait pas retiré du monde pour laisser à ses créatures leur libre arbitre. Dieu ne se désintéresserait pas non plus de l’évolution de sa création. Dieu ne serait pas en train de punir les impudents que nous sommes à petit feu. Dieu n’aurait pas non plus abandonné son peuple élu aux persécutions diverses et variés, ni son fils au supplice. Il s’est simplement dit : je verrai ça plus tard, je préfère aller faire un petit golf. 18.000 trous, même à une vitesse divine, ça prend un peu de temps. Ou alors il renâcle face à l’ampleur de la tâche : « Rétablir le climat ? Trop fatigant. Je ferai ça un autre jour. »
Après tout, ne nous a-t-il pas fait à son image ? Pourquoi serait-il exempt des si nombreux défauts qui nous accablent, à commencer par celui-ci ?
Comme nous autres repoussant les tâches qui nous paraissent les plus laborieuses, difficiles ou compliquées, dieu préfère aller faire exploser une super-novæ ou jouer avec un trou noir. Parfois, il crée une espèce ou deux, comme ça, pour ne pas perdre la main, mais sans grande conviction, et sans beaucoup s’appliquer. On pourrait presque dire qu’il bâcle le peu qu’il fait. Bon à tout, propre à rien. Il se laisse aller. Faute d’entraînement, il n’est plus aussi performant. Il reprend du dessert et prend de la bedaine. Il traine devant sa télé en divovision.
Alors les femmes en Afghanistan, les tyrans à la petite semaine en Iran, en Russie, en Chine, au Soudan… hypnotisés par les réseaux sociaux, scrollant sans fin — et lui en a encore plus le temps que nous —, il oublie d’en prendre le temps. Ce n’est pas qu’il nous aime moins. Mais on sait combien les écrans, même consommés par les parents, sont dommageables au développement sain des enfants.
Et si ce n’était que la procrastination. On le sait peu tolérant à la frustration et jaloux — à la limite du pervers narcissisme. Il est peut-être aussi un brin vicieux et lubrique quand cela lui prend (après tout, n’a-t-il pas pris son pied à Sodome et Gomorrhe ?), cruel et indifférent.
Que l’on croit ou non, peut-être ne devrions-nous pas trop attendre du ou des dieux ?