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Du courage dans l’écriture

Mercredi 26 août

mercredi 26 août 2026, par Jérémie Szpirglas

Inhibition, consciente ou non, auto-censure, ou tout simplement manque d’imagination d’un au-delà : les causes sont multiples, mais un artiste peut parfois manquer de courage. C’est mon cas, je le sais, je manque parfois de courage dans mon écriture. Moins dans les formes explorées, ou la mastication du langage — ça m’a d’ailleurs porté préjudice à plusieurs occasions, y compris pour Pater Dolorosa, et son travail musical de l’écrit, de la page, de la ligne, d’une polyphonie tout intérieure. Mais le sexe. Mais certains rapports familiaux — surtout quand les personnages me sont trop proches. Mais le politique — écriture bisounours. Mais, aussi, mon trop grand idéalisme — j’en ai déjà parlé ici — qui m’empêche parfois de donner des défauts à mes personnages.
Alors, bien sûr, certains me rétorqueront Pater Dolorosa — et combien de fois, en effet, me suis-je entendu dire que Pater Dolorosa était un écrit courageux, qu’un père prenne la parole sur un sujet pareil ? Mais je n’ai jamais envisagé ce texte comme un acte courageux. C’était une évidence, un non-choix, il fallait que je l’écrive, un point c’est tout. Ce n’est pas du courage quand on n’a pas le choix. Quand il n’y a aucune peur à entreprendre un projet. Ma seule peur a été de ne pas être à la hauteur du sujet, à la hauteur, aussi, de tous les protagonistes de cette histoire. Quant à Anthopocène, quand bien même le sous-texte est bel et bien politique (écolo), eu égard aux circonstances de sa genèse et de sa rédaction — et mon environnement immédiat —, le geste me parait au contraire extrêmement consensuel.
Là où mes inhibitions se manifestent le plus, c’est pour les scènes de sexe — ce sont moins des inhibitions, du reste, qu’un sentiment que, la plupart du temps, la scènes de sexe à l’écrit me paraissent d’un ridicule achevé : soit elles sont trop crues, et, ainsi écrites, me font l’impression d’une caricature risible, soit elles prennent le chemin de la métaphore et les images auxquelles on a recours me semblent bien trop poétiser, romantiser, la chose, soit elles prennent la tangente de l’ellipse, et c’est alors la figure du Tartuffe ou, pire, du pervers qui détourne le langage à tout bout de chant. Alors préférer la sobriété dans la description, alors décrire plutôt les circonstances, les résultats, les à-côtés (les draps humides de sueur, cette étrange détente de l’après).
Un autre aspect — qui rejoint tout à la fois le sexe et l’idéalisme dont je fais preuve à l’égard de mes personnages —, c’est mon peu d’imagination pour la transgression. J’en ai pourtant beaucoup d’appétit. Pour prendre un exemple qui me préoccupe vivement ces jours-ci : je suis en pleine rédaction d’une comédie romantique. Une comédie romantique qui rend hommage aux grandes heures du genre dans le cinéma américain — or mes préférences dans ce domaine vont à Lubitsch ou Wilder, plus récemment Allen, sans parler bien sûr de la vague qui remonte à Quand Harry rencontre Sally et nous mène de Pretty Woman à Quatre mariages, de Notting Hill à Hitch.
Or la plupart de ces films tirent une part de leur sel d’une forme de transgression — surtout ceux de Lubitsch et Wilder — : le « gentleman’s agreement » de Sérénade à trois, le pyjama de La Huitième femme de Barbe-Bleue, le travestissement de Certains l’aiment chaud, la relation client/prostituée de Pretty Woman, et ainsi de suite.
Quelle part de transgression (plus ou moins déguisée) puis-je instiller à ma Comédie Romantique ?