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Miroir magique
Vendredi 28 août
vendredi 28 août 2026, par
« Miroir, ô miroir, dis-moi ! Qui est la plus belle de toutes ? »
Il fut longtemps difficile de répondre à cette question lorsqu’on n’était pas une reine de conte de fée. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile : followers, salaires, likes, résultats google. Internet et les réseaux sociaux sont un miroir magique à la portée de tous.
Seulement, comme pour celui de la reine maléfique, c’est un miroir qui ne rend absolument pas compte du subjectif intrinsèque de la réponse à cette question. Et, plus encore, de l’impact même de ladite beauté sur le monde. Sans convoquer ici Pascal, une beauté qui stupéfie, qui soumet, a peu en commune avec une beauté qui exalte, qui invite à l’action — une dialectique qui renvoie ici aussi à celle du Dieu, vengeur et jaloux, ou plein d’amour et de compassion.
Lors d’une conversation avec le compositeur Steve Reich, j’évoquais avec lui la dimension « politique » de certaines de ses œuvres — et leurs motivations.
Je me souviens lui avoir demandé un moment : « Avez-vous le moindre espoir d’avoir un quelconque impact sur le monde ? »
Question rhétorique, bien sûr, dont je connaissais la réponse. Mais ce qui m’a frappé, c’est l’humilité de sa réponse.
« Prenez Guernica. Sans doute une peinture parmi les plus belles qui soient, mais aussi l’une des plus fortes, des plus expressives : elle nous happe, elle frappe l’imagination, elle dit toute l’horreur de la guerre. Guernica a-t-elle eu le moindre effet sur le cours de l’Histoire ? Non. Hitler était déjà au pouvoir, la Shoah s’est poursuivie. Deux ans plus tard, le conflit le plus sanglant de l’histoire de l’homme a éclaté. »
Et on pourrait continuer : même depuis 1945, Guernica, certes reconnue mondialement comme un chef-d’œuvre de la peinture, est un non-événement du point de vue historique. Et les guerres se poursuivent joyeusement.
« Alors moi, avec ma musique, quel espoir puis-je avoir ? »
Alors pourquoi ?
Il faut imaginer Sisyphe heureux, sans doute. Heureux et sans mémoire. Car il n’apprend ni de ses échecs, ni de ses victoires. Il vit son présent. Sans mémoire, mais sans sensibilité non plus ?
Mais alors pourquoi ce besoin de reconnaissance ? Pourquoi ce recours narcissique à ce miroir qui, au surplus, ne dit rien sur rien ?
Pourquoi écrit-on ? J’aimerais ne plus ressentir le besoin de publier, le besoin d’être lu. Je n’écris pas pour être lu. Mais j’en nourris toujours l’espoir. J’aime écrire, même si c’est une véritable torture. Il faut imaginer Sisyphe heureux, encore et toujours. Et l’on n’invente rien, quoi qu’on en dise. Même Camus n’a pas inventé sa phrase ! Il l’aurait empruntée au philosophe japonais (en partie formé en Allemagne et en France) Shuzo Kuki (1888-1941).
On est bien peu de chose, ma bonne dame.
Inachevé.net