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Un mental (d’écrivain)

Lundi 31 août

lundi 31 août 2026, par Jérémie Szpirglas

Il y a qui ont un mental de champion. D’autres un mental de battant, qui ne se laissent jamais abattre. D’autres encore avec un mental d’acier, qui prennent des décisions et les mettent en œuvre tambour battant, sans hésitation, jusqu’au bout — avec la promesse d’un succès assuré.
À l’inverse, on pourrait parler de mental de looser. Mais de mental mou, ou de mental de caoutchouc. On a parfois des mentals (oui, des « mentals », on ne va pas dire des « mentaux », non plus ! Ça cadrerait bien mal avec le sujet…) élastiques et même, rarement il es tvrai, des mentals vaporeux, mais jamais de mental liquide ou de mental guimauve.
Le mental : on peut parait-il le préparer, l’entraîner comme un muscle. Et je suis tout prêt à le croire. Combien de sportifs entend-on parler de « mentaliser », de « visualiser » une action : le.la skieur.euse qui s’imagine, se « visualise », passer une porte après l’autre de son slalom ; le.la skippeur.euse qui enchaîne dans sa tête tous les gestes nécessaires à la manœuvre ; le.la footballeur.euse qui tire dans les cages (adverses, bien entendu) ; le.la gymnaste qui vit, par l’esprit, tous les mouvements de son enchaînement.
On peut aussi facilement envisager le comédien s’imaginant entrer en scène, et travailler son texte dans sa tête ; idem pour le musicien qui peut ressentir mentalement tous les gestes instrumentaux qu’il aura à réaliser ; le sculpteur ou le peintre qui peuvent retravailler à l’infini leur geste créateur par la seule force de l’esprit — quand bien même cela ne remplacera jamais le contact avec la matière. Entendu récemment : on peut bien imaginer autant qu’on veut qu’on va à la salle de sport, si on ne lève pas soi-même concrètement la fonte, cela n’aura absolument aucun effet sur les muscules. Sur les muscles, non, mais sur les processus mentaux et nerveux de leur activation, un peu peut-être ?
Qu’en est-il de ceux qui manipulent une argile totalement immatérielle ? Le compositeur.rice, l’écrivain.e. Peut-on s’imaginer en train d’écrire ou composer sans réellement écrire ou composer ? Est-ce que mentaliser l’écriture, c’est visualiser la valse des doigts sur le clavier ? Non sans doute : c’est utile pour le.la champion.ne du monde de dactylo, mais pour l’écrivain.e ? Alors s’imaginer en train de jongler avec les mots ? Mais c’est le cœur même du métier ! Que l’on couche ou non sur le papier ces jongleries.
Celui que je considère comme l’un de mes mentors en écriture, Guy Konopnicki, m’a conseillé un jour, comme je m’inquiétais de devoir fortement diversifier mes travaux de plume pour gagner ma vie : « Considère tous ces travaux avec ton point de vue propre d’écrivain. Comme des exercices de style. »
Assouplir sa langue, savoir la mouler dans d’autres contextes, s’adapter à la matière — pour pouvoir ensuite passer sans heurt du drame à la comédie, du tragique au mélo, parfois au sein d’un seul et même texte.