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Pitch

Jeudi 3 septembre

jeudi 3 septembre 2026, par Jérémie Szpirglas

Il ne s’agit pas simplement de présenter une idée. Mais de la raconter, d’emblée. De l’emballer, de l’encapsuler, et de l’amener presque naturellement dans la conversation.
Pour certains projets, c’est un exercice inlassablement peaufiné. Quand je parle de l’épopée familiale à laquelle je travaille, par exemple, c’est un discours que j’ai fait des dizaines, des centaines de fois : l’étendue épique, le piment des anecdotes, le rêve, le tragique — et même la manière dont j’en suis arrivé à penser la forme. J’ai tant présenté ce texte, il allume tant d’étincelles dans les yeux de mes interlocuteurs, que j’ai presque peur de m’y mettre, de ne pas être à la hauteur — voire de constater que la matière est en vérité trop maigre : ce qui me renverrait moi-même à une certaine vacuité.
Pour d’autres projets, il faut les penser dans l’instant, saisir au vol dans les expressions faciales et les yeux de son interlocuteur ce qui va soudain l’embarquer, sans qu’il s’y attende, se reposer sur des projets déjà engagés, ou terminés mais pas assez à mon goût, ou déjà songés, mais sans avoir eu l’occasion de les approfondir. C’est de l’improvisation à l’état pur — exactement comme ces formules tournées et retournées mille fois, que les musiciens improvisateurs réinjectent dans le flot du discours et qui prennent dans ce contexte nouveau un sens et une force insoupçonnés.
C’est un talent que, longtemps, je n’ai pas eu. Je regimbais quand on me demandait « De quoi parle ton roman ? » au lieu de « Que raconte ton roman ? » Alors que, dans les faits, dans mon cas du moins, ça parle effectivement toujours de quelque chose. Évoquer le sujet dit parfois peu de l’intrigue — et inversement. Alors, que dois-je pitcher : le sujet ou l’intrigue ?
Que de labeur pour y parvenir — et encore… je ne suis toujours pas à l’aise. J’en fais trop, je propose trop. Je ne sais pas m’arrêter : quand une idée semble accrocher, mais que j’en ai une autre en poche qui me semble encore meilleure, je ne parviens pas à me retenir. Alors que s’éparpiller est le meilleur moyen de ne rien obtenir. Ce n’est qu’après coup que je me dis que j’aurais dû intervertir l’ordre de présentation des deux idées. Aurais-je continué à pitcher quand même ? Avec des si…

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