Vestiges
Jeudi 10 septembre
jeudi 10 septembre 2026, par
De siècle en siècle, de millénaire en millénaire, la nature ne cesse de défaire ce qu’elle-même a fait. Après avoir lentement excavé une baie, la voilà à présent s’échinant à la combler. Elle a goulument monté des montagnes — tel un pâtissier ses blancs en neige ? L’érosion se chargera de leur ravaler l’ego. Que deux plaques continentales referment une mer, et voilà l’eau qui patiemment la rouvre, provocant au passage un déluge au proportions bibliques et arasant plus encore côtes et fonds marins, sans égard pour la faune ou la flore. Une flaque se forme, le soleil l’évapore.
La nature elle-même, au long d’un interminable (et jamais terminé) processus d’évolution, a fait apparaitre l’humain — et soyons certains qu’elle le fera disparaitre, et estompera le moindre signe de sa présence. Suffira d’attendre : viendra bien un moment où une subduction emportera tout cela par le fond magmatique, qui mêlera tout — et bien malin celui qui parviendra à y dénicher trace de notre passage.
Attendons quelques millions d’années supplémentaires, et c’est la planète tout entière que la nature ravalera. Quelle importance, au fond. Qu’y a-t-il là à sauver, véritablement ? En serions-nous dignes ?
La sélection naturelle, parfois, ne retient personne.
Et nulle arche pour sauver le moindre couple.
C’est sans doute très bien ainsi.
En attendant, il faut bien. Il faut bien quoi ? Il faut bien poursuivre. S’imaginer heureux.
Avec la chance de pouvoir envisager le moment où, enfin, on pourra se dire que tout cela fut bien bel et beau, qu’assez de bonheur a été semé autour de soi, et qu’on a le droit.
L’univers poursuivra sa course. Sans qu’on sache jamais où elle mène, et c’est tant mieux.
Et pourtant : justement. Savoir.
Est-ce cela qui me retient ? Cette soif ? Cette pulsion ?
Et puis cette félicité à écouter, voir, lire, embrasser, jouir, encore et encore, toujours et toujours.
Inachevé.net