Accueil > En vrac > Vingt-deux mois

Vingt-deux mois

Lundi 14 septembre

lundi 14 septembre 2026, par Jérémie Szpirglas

Vingt-deux mois plus tard.
Un peu moins peut-être.
Ce n’est encore qu’un cratère béant.
Un cratère, entouré de palissades.
Grillages ou tôles, couvertes de portraits imprimés, dont l’encre,
après vingt-et-un mois d’intempéries diverses,
semble couler comme des larmes.
Photo sans photogénie : un chantier comme un autre.
Et puis non.
Cratère sans sens ni raison,
rempli de ferrailles, d’éclats de bitumes,
de fragments de béton, de shrapnels d’acier.
Terrain vague, comme à l’abandon — et pourtant rien de vague, ici. Aucune évasion.
Absurdité d’un monument votif dressé à la va-vite, dont les portraits de désolation couvrent la terre entière.
Le ciel est aussi bleu que ce jour-là. La chaleur, sans doute, aussi douce.
Il n’y a que le vide, l’absence, le néant.
Ce pèlerinage, que nous avons pourtant voulu, nous semble — on n’osera se le dire — tout à coup sans objet.
Anti-héros, anti-drame, anti-émotion.
L’histoire, elle, se poursuit, mais on est ici bloqué entre deux. Comme un deuil mal cuit, mal fini, que quelqu’un voudrait ne jamais clore.
Comme ce cratère, ce trou sans âme, que quelqu’un ne voudra jamais combler.


Souvenirs de ground zero, juin 2003.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.