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Nirvana
Mardi 15 septembre
mardi 15 septembre 2026, par
Lieu d’absence et de labeur, de détachement et de libération, de déchargement et d’ennui profond, lieu d’aisance et de mal-être, vomitoire et logorrhéique, acte sans but, vide de sens et pourtant chargé d’émotion, barque sur les flots, privé de voile et d’aviron, bouchon errant entre deux flots, galet en passe d’être poli, mais dont personne ne tirera le moindre ricochet, les écrit volent, la marche sur place, la lettre volée par son propre expéditeur, l’amant transi et timide, seul dans son coin, en soi et hors de soi, sans destination, le crâne se brise en deux d’un coup de hache porté de l’intérieur, les membres tombent l’un après l’autre comme un playmobil martyrisé, pantin désarticulé qui n’a même jamais eu l’espoir de s’incarner, riant aux éclats, rire jaune et sardonique, les moustaches qui tombent, le coin des yeux qui remontent dans un plissement méchant, tapis de rien moucheté de noir, et puis ce carnet, ces feuilles volantes, cette corbeille en attente, une douzaine de stylos dont seuls deux ou trois fonctionnent encore — mais lesquels ? —, une agrafeuse antédiluvienne, une corbeille de faux fruits — dessin maladroit —, une odeur familière, et ce rythme irrégulier, impair et passe, cette musique discrète qui témoigne, sans rien garantir.
Il faudrait pourtant en accepter l’évidence. Si ça ne sert à rien, pourquoi ça servirait ? Si ça n’aura absolument aucun impact durable, alors pourquoi le publier ? Écrire pour soi. Par nécessité, sans chercher la moindre reconnaissance, sans chercher le moindre lecteur. Se satisfaire de son génie unique et solitaire, dans sa solitude — sans remise en cause, c’est bien pratique. Sa satisfaire de sa médiocrité, surtout, de son petit point de vue, de cet éloignement de la poésie, de l’épopée et du romanesque.
Laisser aux autres le plaisir et se complaire dans la (dé)confiture.
Trouver son bonheur à écrire sans espoir.
Inachevé.net