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Traduire
Mercredi 16 septembre
mercredi 16 septembre 2026, par
L’enfant s’agite sur sa chaise haute. Tout son corps s’y met. Ses petites fesses remuent dans la couche, entrainant tout son siège dans un mouvement frénétique, heurtant au passage le pied de la table dans une paraphrase du Toltshock du Sacre du Printemps. L’air de la pièce vibre d’un seul bloc sous l’effet de la frustration.
L’enfant s’agite, les deux bras tendus devant son visage à l’horizontal, le regard comme aimanté par un objet inconnu, que l’on imagine caché dans l’espace qui lui fait face. Il chantonne un fredon entrecoupé de petits cris aigus et rapides, modulés par ses lèvres tour à tour ouvertes et fermés — tâchant à toute force de déchirer le rideau d’incommunicabilité qui l’enceint.
D’un coup, il s’immobilise, cesse son fredon. Il n’a pourtant rien obtenu. Les adultes autour de lui le regardent toujours d’un air ahuri, incapable de répondre à son besoin. Mais l’enfant se tait, et se tourne d’un coup vers son frère, à ses côtés. Il le regarde et on peut lire dans ses grands yeux une prière en même temps qu’une patience insolite. Il attend son traducteur. Le seul qui le comprenne. Le seul qui ait encore un pied dans le monde des sans-mots.
Le frère se prête de bonne grâce à l’exercice : il traduit. Sans même regarder l’enfant. En quelques phrases parfaitement tournées, il va droit au but. Il exprime le besoin, la frustration, la question qui brûle les lèvres — il en est d’autant plus ravi, que ce souhait, il le fait sien dans l’instant.
Quand le frère a terminé, l’adulte regarde l’enfant, comme pour chercher confirmation. L’enfant s’agite une fois dans sa chaise — un aller-retour unique, les bras à nouveau tendus, qui signifie « Bah oui ! »
On lui tend l’objet. Il le porte immédiatement à sa bouche — se demande s’il ne pourrait pas y avoir quelque chose de plus rapide, de plus efficace, une traduction simultanée, finalement.
C’est pourtant clair, non mais sans blague.
Inachevé.net