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« Stop ! »

Mercredi 30 septembre

mercredi 30 septembre 2026, par Jérémie Szpirglas

Comment se perdre dans la poésie lorsqu’on se sent forcé à l’action ? Lorsqu’on a le sentiment de courir après le temps ?
« Stop ! »
Voilà, peut-être la plus poétique de toutes les injonctions.
« Stop ! »
Tout s’arrête, tout se suspend.
Certes, la pluie sur la fenêtre marque de son rythme doux et irrégulier le trou noir temporel qui ne cesse de tout avaler. Certes, chaque inspiration, chaque expiration, nous rapproche du tunnel du soir. Certes, des appels de toute sorte requièrent notre attention émiettée.
Alors « Stop ! »
Ce n’est pas aux autres que je le lance. C’est à moi-même. C’est une violence, une expulsion du monde, comme une nouvelle naissance — dans une vie hélas plus courte encore que celle qui nous rappellera incessamment sous peu.
Ou alors c’est le monde que j’expulse au-dehors de moi. Le monde auquel j’enjoint de ne plus être, l’espace d’un instant, de me laisser tranquille. Le temps de reconstituer cette bulle fragile dans laquelle s’immerger, se noyer.
« Stop ! »
Et c’est mon surmoi que j’éteins, mon cerveau tout entier que je prie à genoux de suspendre tout jugement, de le laisser hors de la bulle, comme ces joueurs de poker des Westerns doivent laisser leur quincaillerie au vestiaire.
Et il s’agit alors de dégainer : dégainer son verbe, dégainer sa musique, dégainer tout un univers microscopique qui ne dépassera pas la page, qui ne viendra à la vie que si un autre daigne un jour y jeter un œil. Éventualité qui ne devrait plus importer non plus.
« Stop ! »
C’est à mon narcissisme que j’en appelle à présent, à mon désir de reconnaissance : cesse. Endors-toi ne serait-ce que quelques minutes pour me laisser seul à avec moi-même. Seul avec moi-même. Qui sait ce que j’y trouverai. Peut-être rien. Rien du tout.
Après tout, ne me suis pas dit « Stop ! »
Je n’ai fait qu’obéir, c’est tout.