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	<title>Inachev&#233;.net</title>
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	<description>Site de cr&#233;ation litt&#233;raire plus ou moins exp&#233;rimentale</description>
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		<title>Inachev&#233;.net</title>
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		<title>Procrastination</title>
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		<dc:date>2013-01-25T07:16:25Z</dc:date>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Bref, tu n'as que trop tard&#233;. Et, quoi qu'il sorte, que &#231;a sorte, que &#231;a s'&#233;loigne, se mue, se retravaille, se fa&#231;onne, se ponce, se lime. Dans le d&#233;tail. Il faut du gros &#339;uvre, une mati&#232;re, argile un peu trop s&#232;che et &#226;pre sous les doigts, tu n'y pourras rien. Il faudra bien que &#231;a sorte apr&#232;s tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as peur de l'&#233;tron, je le vois, je le sens, du vomi, de la logorrh&#233;e. Mais ne vaut-il pas mieux &#231;a que ce blanc ? Ce faux-semblant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu le sais, toi, tu le sais que tu procrastines, que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bref, tu n'as que trop tard&#233;. Et, quoi qu'il sorte, que &#231;a sorte, que &#231;a s'&#233;loigne, se mue, se retravaille, se fa&#231;onne, se ponce, se lime. Dans le d&#233;tail. Il faut du gros &#339;uvre, une mati&#232;re, argile un peu trop s&#232;che et &#226;pre sous les doigts, tu n'y pourras rien. Il faudra bien que &#231;a sorte apr&#232;s tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as peur de l'&#233;tron, je le vois, je le sens, du vomi, de la logorrh&#233;e. Mais ne vaut-il pas mieux &#231;a que ce blanc ? Ce faux-semblant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu le sais, toi, tu le sais que tu procrastines, que tu ne veux rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et chaque fois, tu constates le r&#233;sultat : ces sourires multiples, ce ton inconstant, ce moteur diesel de la langue, qui met des semaines, des mois, &#224; se mettre en branle, &#224; se chauffer &#224; la multitude des brouillons inf&#226;mes, &#233;tape que tu ne sais pas penser sans dommage &#8212; &#224; ta confiance, &#224; la qualit&#233; de ton produit &#8212; produit ! quel mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il faut se replonger dans le cambouis. Avancer, tant bien que mal. De quoi s'agit-il, d&#233;j&#224; ? De quoi voulais-tu parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton projet est &#224; pr&#233;sent si loin, ati&#233;d&#233; par le temps, qu'il nest plus que ce discours tout fait que tu ressors &#224; l'envi &#8212; un peu &#224; l'exemple de l'autre dans ses interviews.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, la substance est l&#224;, quelque part, enfouie. Il ne s'agit plus d'inspiration, mais d'arch&#233;ologie ! Sortez les pelles et les truelles, les pinceaux et les brosses &#224; dents ! Et dispersons ce sable, et d&#233;blayons cette terre, et &#233;poussetons cette poussi&#232;re pour mettre enfin &#224; jour l'artefact. (Et bien, tu vois, quand tu veux, quand tu te forces, &#231;a peut parfois sortir, mais que d'efforts ! Que de r&#234;ves d&#233;truits !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reparcourir le chemin, mais en baissant les yeux, ne plus fl&#226;ner le nez en l'air, mais scruter au contraire, p&#233;n&#233;trer, laisser venir &#224; soi le froid de la terre dans les semelles, les reliefs te mordent les cuisses &#224; force d'arpenter, d'user les sols, de cette petite, si petite, parcelle de litt&#233;rature dont tu voudrais excaver &#224; coups r&#233;p&#233;t&#233;s de mots et de verbes les vestiges, les ruines bien cach&#233;es sous les s&#233;diments de l'id&#233;e originale, qui, un soir de hasard, t'a frapp&#233; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore ! Cesse cette lourdeur du langage, cet apitoiement sur toi-m&#234;me qui sourd de chaque phrase, de chaque tournure compliqu&#233;e &#224; l'extr&#234;me &#8212; masturbation intellectuelle, pour le coup d&#233;l&#233;t&#232;re celle-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, quand retourneras-tu vers ces lointains rivages, o&#249; elle t'attend, toi, elle t'attend pour faire ou ne pas faire son deuil. Il te faudrait te replonger dans tes notes, y trouer un fil plus l&#226;che que les autres, et tirer. Ce serait une amorce, un (re)commencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi ? L'appartement ? Le restaurant ? Le bar ? Les rejetons ? L'un apr&#232;s l'autre, calme toi. Une chose apr&#232;s l'autre : ce n'est pas si lourd, ce n'est pas si vaste, et le b&#226;ti n'est pas enfoui bien profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que d'admiration pour ceux-ci ! Ceux-ci qui chaque jour ne se laisser d&#233;tourner que pour mieux se faire surprendre par le r&#233;el et son expression ! Que ne suis-je comme eux ? Ces entreprenants ? Ces concr&#233;tiseurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut me pousser au cul : ce n'est pas ainsi que j'&#233;crirai un chef-d'&#339;uvre immortel ! (Immortel, quel dr&#244;le de mot ! Le chef-d'&#339;uvre que je porte en moi serait tout autant immortel dans son irr&#233;alit&#233; non dite que couch&#233;e sur le papier. Moins gratifiante, certes, et moins lucrative &#8212; et encore)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; : tu t'es interrompu dix minutes &#224; peine et le flot s'est tari. Ton regard flotte devant toi, fl&#226;ne de beaut&#233;s fan&#233;es en petite chose &#224; peine nubile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu te souviens du petit texte que tu as &#233;crit ici ? C'est toujours la m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Si je n'avais cette page &#224; finir ! Si je n'avais ces r&#232;gles idiotes ces exigences malvenues, peut-&#234;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle horreur, en effet, que ce tics de ponctuation : avatar &#233;crit des tics de langage, ils ne sont pas moins irritants que leurs cousins, h&#233;las. S'astreindre &#224; l'&#233;pure, &#224; la r&#233;serve ponctuative. &#192; l'avenir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exercice de Beaucoup de chance Malgr&#233; tout ne sera peut-&#234;tre pas perdue en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu te souviens du petit texte que tu as &#233;crit ici ? C'est toujours la m&#234;me patronne... Cheveux plus courts (carr&#233; blond), visage fatigu&#233;, ventre un peu plus rond, pas beaucoup plus sympathique 'abord, mais toujours un go&#251;t tr&#232;s s&#251;r dans son choix de serveuses et dans ses exigences de dress-code pour icelles (Ah ! Icelles ! Voil&#224; un mot qu'il conviendrait de remettre &#224; la mode !)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exercice de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-calmann-levy.com/catalogue/livre/auteur-466162-roman-Beaucoup-de-chance-malgre-tout-Biographies-Autobiographies.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Beaucoup de chance Malgr&#233; tout&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ne sera peut-&#234;tre pas perdue en ce sens : cette contrainte &#224; l'appauvrissement du langage, du vocabulaire, ces entorses volontaires maladroites &#224; la syntaxe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment &#8212; D&#233;rive</title>
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		<dc:date>2010-10-14T16:15:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Non, je ne veux pas. Je ne veux pas d&#233;river, c'est hors de question. Ou alors donner une impulsion &#224; cette d&#233;rive. La d&#233;router, la diriger, la ma&#238;triser au moins. &lt;br class='autobr' /&gt;
En travers de ta route, jamais rectiligne, toujours de guingois. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ton profil que tu pr&#233;sentes &#224; l'adversit&#233;, ton trois-quart &#224; tes amis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ton regard est traverciel, il glisse sur moi comme une goutte sur une feuille &#8212; se d&#233;tache, tombe &#224; terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cessons un instant de jouer.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Non, je ne veux pas. Je ne veux pas d&#233;river, c'est hors de question. Ou alors donner une impulsion &#224; cette d&#233;rive. La d&#233;router, la diriger, la ma&#238;triser au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En travers de ta route, jamais rectiligne, toujours de guingois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ton profil que tu pr&#233;sentes &#224; l'adversit&#233;, ton trois-quart &#224; tes amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton regard est traverciel, il glisse sur moi comme une goutte sur une feuille &#8212; se d&#233;tache, tombe &#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cessons un instant de jouer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;tour &#8212; D&#233;couragement</title>
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		<dc:date>2010-04-16T20:13:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#199;a p&#232;se, le d&#233;couragement, faut le soulever, porter ses cent kilos sur ses &#233;paules, avancer. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;lons les &#233;poques, faisons de tous ses instants un seul. Le m&#234;me, convergent, vers ce point d'&#233;quilibre incertain, d'une voix pleine de reproches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un haussement d'&#233;paules, une pilule oblongue et blanche au creux de la paume inerte. On contemple sagement, sans une pens&#233;e &#8212; toutes les longues poses de contemplations qu'on qualifier sans r&#233;fl&#233;chir de &#171; pensive &#187;, alors que l'esprit est le plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a p&#232;se, le d&#233;couragement, faut le soulever, porter ses cent kilos sur ses &#233;paules, avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;lons les &#233;poques, faisons de tous ses instants un seul. Le m&#234;me, convergent, vers ce point d'&#233;quilibre incertain, d'une voix pleine de reproches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un haussement d'&#233;paules, une pilule oblongue et blanche au creux de la paume inerte. On contemple sagement, sans une pens&#233;e &#8212; toutes les longues poses de contemplations qu'on qualifier sans r&#233;fl&#233;chir de &#171; pensive &#187;, alors que l'esprit est le plus souvent vide (&#224; quoi penses-tu ? (je ne sais pas, se dit-on et) pour sauver la face, les apparences, on cherche &#224; toutes forces ce &#224; quoi on aurait bien pu penser (sans passer pour un idiot) (improvisation ardue)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vergence de peinture, une tache d'encre sur un tapis, et cette pilule qui s'impose, telle corde ou falaise, innocente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a p&#232;se, l'insouciance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche un assentiment, une lueur, une main amie humide. Pas celle-l&#224; &#8212; parce que tu fais le difficile, en plus. Et puis quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas un r&#234;ve, tout &#231;a, ce sang, ce chien qui aboie, ce collier mutil&#233;, cette odeur de souffre au fond du verre, ce rythme ent&#234;tant aux tempes, au coup de pied&#8230; c'est un carr&#233; de m&#233;tal sombre &#224; texture de chair, qui travers ton champ de vision sans te pr&#234;ter attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas s&#233;rieux tout &#231;a. On te mettrait un &#233;cureuil boiteux, le bras dans le pl&#226;tre, sous le nez, que tu ne r&#233;agirais pas davantage. Ou un uniforme &#224; lunettes &#8212; vision comique de centaines de paires d&#233;filant en rang, au pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu restes l'&#339;il torve, l'index fumant, une vaguelette sur ton sein, un voile entre toi et la pluie bondissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie et ses cris s'&#233;crient, s'&#233;chappent soudain d'une chambre au fond d'un couloir. Tu sursautes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Just another date&#8230;</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article307</link>
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		<dc:date>2010-03-22T17:35:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il t'a invit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as accept&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait naturel. Il n'y avait rien d'autre &#224; faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa conversation &#233;tait fluide et plaisante, d&#233;licatement parsem&#233;e de quelques r&#233;f&#233;rences un peu au-dessus de la moyenne. S&#233;duisant &#8212; sans trop &#8212; charmant &#8212; il le sait, en joue juste ce qu'il faut &#8212; et c'est l'ami d'une de tes amies (Elle t'a assur&#233;e qu'il n'y avait jamais rien eu entre lui et elle et que d'ailleurs, protestant, tu sais bien, tu m'connais, elle &#233;tait heureusement mari&#233;e et que si quelque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il t'a invit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait naturel. Il n'y avait rien d'autre &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa conversation &#233;tait fluide et plaisante, d&#233;licatement parsem&#233;e de quelques r&#233;f&#233;rences un peu au-dessus de la moyenne. S&#233;duisant &#8212; sans trop &#8212; charmant &#8212; il le sait, en joue juste ce qu'il faut &#8212; et c'est l'ami d'une de tes amies (Elle t'a assur&#233;e qu'il n'y avait jamais rien eu entre lui et elle et que d'ailleurs, protestant, tu sais bien, tu m'connais, elle &#233;tait heureusement mari&#233;e et que si quelque chose s'&#233;tait pass&#233;, elle te l'aurait dit, non ? toi sa meilleure amie&#8230; tu avais acquiesc&#233; dans un sourire de (com)plaisance, sans &#234;tre ni convaincue, ni particuli&#232;rement dubitative &#8212; avec une certaine indiff&#233;rence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu le regardes par-dessus le menu, ton regard glisse, se perd quelque part au plafond, sur ta droite, dans l'ombre (vacillante, bougies obligent) d'une poutre apparente. Tu as &#224; peine consult&#233; la liste des plats. En r&#233;alit&#233;, tu n'as pas tr&#232;s faim &#8212; et cette soir&#233;e te semble une &#233;ni&#232;me r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; que tu t'aper&#231;ois du filet sonore douce&#226;tre qui suinte de quelque haut-parleur discret &#8212; dissimul&#233; au plafond sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, tu es assez reconnaissante &#224; la technologie d'avoir aboli le m&#233;tier de piano bar &#8212; m&#234;me si l'autre, l'absent, n'aurait rien pu faire sans &#231;a &#8212; trop envahissant, ce piano. Mais ce robinet d'eau ti&#232;de mal ferm&#233; t'es souvent une torture bien plus d&#233;sagr&#233;able.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VII</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article302</link>
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		<dc:date>2010-03-08T22:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'appartement du fant&#244;me est vide depuis sa mort, laiss&#233; en friche, en l'&#233;tat &#8212; le chaos reprend ses droits sur son espace minutieusement organis&#233;. Une momie. On fait la poussi&#232;re. De plus en plus rarement. Quelques &#233;lus sont admis pour visiter le sanctuaire. Heureusement, plus personne n'y vit. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a pens&#233; l'habiter. Un moment. Pas longtemps. Habiter deux appartements. Un pour le public, un pour l'intime. Mais le public devait quand m&#234;me r&#233;v&#233;ler tous les signes de l'intimit&#233;. Finalement, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'appartement du fant&#244;me est vide depuis sa mort, laiss&#233; en friche, en l'&#233;tat &#8212; le chaos reprend ses droits sur son espace minutieusement organis&#233;. Une momie. On fait la poussi&#232;re. De plus en plus rarement. Quelques &#233;lus sont admis pour visiter le sanctuaire. Heureusement, plus personne n'y vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pens&#233; l'habiter. Un moment. Pas longtemps. Habiter deux appartements. Un pour le public, un pour l'intime. Mais le public devait quand m&#234;me r&#233;v&#233;ler tous les signes de l'intimit&#233;. Finalement, la maison de campagne s'est vite impos&#233;e comme l'alternative. Justifiable aux yeux de tous (raisonnable, justifiable, compr&#233;hensible, vivable) &#8212; tout le monde comprend cette soif d'&#233;vasion de la ville, on comprendra moins ais&#233;ment qu'on veuille mettre entre soi et le fossile magnifique une distance de sanit&#233; (&lt;i&gt;sanity clause&lt;/i&gt;) &#8212; puis les enfants qui grandissent ont donn&#233; une raison suppl&#233;mentaire &#224; cet abandon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment II</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article290</link>
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		<dc:date>2010-02-24T22:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Encore un. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent son look, cultivent le mal ras&#233;, le plus ou moins sale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils oublient toujours que tout &#231;a n'&#233;tait pour lui qu'apparence. Ce look n'avait de sale et de mal ficel&#233; que ce qu'il renvoyait &#224; l'&#339;il indiscret et myope. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore un. &lt;br class='autobr' /&gt;
On les rep&#232;re de loin. Pas m&#234;me besoin d'&#234;tre vous. M&#234;me moi. Je me dis : encore un. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent ce qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent son look, cultivent le mal ras&#233;, le plus ou moins sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils oublient toujours que tout &#231;a n'&#233;tait pour lui qu'apparence. Ce look n'avait de sale et de mal ficel&#233; que ce qu'il renvoyait &#224; l'&#339;il indiscret et myope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les rep&#232;re de loin. Pas m&#234;me besoin d'&#234;tre vous. M&#234;me moi. Je me dis : encore un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont nombreux. Nombreux, ceux qui essaient de lui ressembler. Qui imitent ce qu'ils croient qu'il &#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;tails sont ais&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facile d'&#234;tre mal ras&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clope toujours allum&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silhouette boudeusement courb&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix tra&#238;nante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;ches grisonnantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allure nonchalante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lippe pendante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui renvoie dans son coin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui envoie chier avec d&#233;dain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout &#231;a qui dit que suis vain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M'en fous &#187; presque indistinct&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les astuces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cette joie d'adolescent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cette na&#239;vet&#233; qui s'allume et d&#233;voile son &#226;me d'enfant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;intacte, bien loin de tout &#231;a,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand la langue lui d&#233;couvre un de ces tours dont elle a le secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y en a qu'en font trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se droguent, s'alcoolisent, se shootent, se gueulent, se vautrent, s'oublient, vieillards pr&#233;coces, s&#233;niles artificieux artificiels, se laissent pousser trop leurs cheveux, n'&#233;crasent pas leurs cigarettes &#8212; variantes sans int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la contrainte que se d&#233;voile le g&#233;nie. Il faut avoir ce nez, pour jouer avec et le d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous d&#233;tournez, je vous vois vous d&#233;tourner. C'est facile, c'est d&#233;j&#224; fait, faites autres chose, enfin, trouvez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayer la m&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayer l'&#339;il pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayer la barbe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la vraie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle du marin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de celles qu'on d&#233;coiffe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qu'on d&#233;sordonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayer l'absurde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;essayer le crapuleux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne plus chercher l&#224;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sarcasme provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher fin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chercher intelligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Besoin de cultiver, de contraindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stop.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VI</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article283</link>
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		<dc:date>2010-02-21T22:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, et tu as presque oubli&#233; qui il est. Tu as oubli&#233; la raison de sa pr&#233;sence, ce que tu lui racontes. Tu parles, tu es ailleurs. Voil&#224; &#224; quel point tu as l'habitude de ces choses-l&#224;. M&#233;canique. Bien huil&#233;e. Tu n'as plus m&#234;me besoin d'y songer, de les rappeler, de les convoquer pour les raconter &#8212; le clich&#233; est l&#224;, &#224; disposition, comme pos&#233; sur le buffet, tout pr&#232;s, sous ta main, avec dessus le fant&#244;me magnifique et sublim&#233;, et le sourire qui va avec, pr&#234;t &#224; appara&#238;tre au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, et tu as presque oubli&#233; qui il est. Tu as oubli&#233; la raison de sa pr&#233;sence, ce que tu lui racontes. Tu parles, tu es ailleurs. Voil&#224; &#224; quel point tu as l'habitude de ces choses-l&#224;. M&#233;canique. Bien huil&#233;e. Tu n'as plus m&#234;me besoin d'y songer, de les rappeler, de les convoquer pour les raconter &#8212; le clich&#233; est l&#224;, &#224; disposition, comme pos&#233; sur le buffet, tout pr&#232;s, sous ta main, avec dessus le fant&#244;me magnifique et sublim&#233;, et le sourire qui va avec, pr&#234;t &#224; appara&#238;tre au premier claquement de doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi. La question suivante est d&#233;j&#224; sur ses l&#232;vres &#8212; comme s'il connaissait d&#233;j&#224; la r&#233;ponse &#224; celle qu'il vient de poser, comme si ce que tu lui d&#233;bitais ne lui apprenait rien &#8212; et en effet, comment pourrais-tu lui apporter du neuf du frais de l'in&#233;dit sur cette question qu'on t'a d&#233;j&#224; pos&#233;e suffisamment de fois pour en avoir perdu le compte. Face &#224; certains, tu esp&#232;res parfois un mot, juste un mot, qui seul te replongerait dans un pass&#233; oubli&#233;, dans un pass&#233; ressuscitant &#8212; association d'id&#233;es, &#233;l&#233;ment de r&#234;ve qui serait comme le fil d'Ariane d'une exp&#233;rience lointaine sur lequel il te suffirait de tirer afin de rel&#226;cher enfin cette culpabilit&#233; de la m&#233;canique, cette lassitude du trop-vide de trop-plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mot Arl&#233;sienne. Ne vient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#233;couter de trop les questions, tu convoques chacune &#224; son tour les histoires qu'on a mille fois racont&#233;es, &#224; tous journalistes et &#233;crivains qui les demandent exigent, &#8212; la rencontre (ah ce premier contact, cette premi&#232;re blague rentre-dedans qui donne d'embl&#233;e le ton, qui d&#233;crit en quelques mots la quintessence de l'homme et de sa g&#233;n&#233;rosit&#233;), la s&#233;duction (oh, quelques anecdotes seulement, le gentleman, le charmeur, l'attendrisseur de ces dames, l'habitu&#233; aussi, qui ne s'en laissait pas), les moments forts de cr&#233;ation de l'artiste (l'enthousiasme, la fi&#232;vre, l'&#233;jaculation spontan&#233;e, cr&#233;atrice), les derniers jours (ce serrement de c&#339;ur, ce petit &#233;tranglement dans la voix, serrement de gorge, que tu n'as plus &#224; penser, serment de v&#233;rit&#233;, disponible avec les mots, comme un enregistrement fid&#232;le, tradition orale qui ne se passera jamais de toi, nouvel a&#232;de d'une l&#233;gende d&#233;j&#224; toujours renaissante), les derni&#232;res heures (cette larme qu'on a toujours, dont on n'arrivera jamais &#224; se d&#233;barrasser, ce sanglot dans la voix, &#171; le lendemain, c'&#233;tait fini &#187;, qui fait d&#233;sormais partie du rituel, m&#233;canique, transcendant de l'&#233;l&#233;vation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien aussi, embelli par le temps, la r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bit&#233;es comme des le&#231;ons apprises par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, son petit enregistreur en main, avec un petit carnet &#233;ventuel qui ne lui sert de rien. Il est heureux &#8212; tu le lis dans ses yeux brillants, dans son sourire qui cherche l'intelligence pour ne trouver qu'une gentille niaiserie &#8212; aux anges. Il est en ta pr&#233;sence, il t'&#233;coute, pas un mot ne lui &#233;chappe &#8212; m&#234;me s'il les conna&#238;t tous d&#233;j&#224; &#8212; il est comme les enfants, tes enfants, petits anges fatigu&#233;s demandant exigeant une nouvelle fois le m&#234;me conte qu'ils ont d&#233;j&#224; entendu tous les soirs depuis qu'ils se souviennent, ils la veulent, ils veulent ta voix, ils &#233;coutent ta voix, ils se fondent dans ta voix, elle est pour eux promesse et apaisement, rituel et intemporel. Il est heureux, bouge &#224; peine, ou seulement, g&#234;n&#233;, lisse son pantalon, &#233;crit quelques mots inutiles sur son carnet &#8212; tu ne t'en soucies pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sourire, ce masque, qui va avec l'histoire, t'est devenu seconde nature (tu ne sais plus que tu le mets, tu le mets &#224; ton insu, quand les circonstances l'exigent), un masque de politesse, pas si diff&#233;rent de celui que tu affiches pendant un diner dans la haute &#8212; ces d&#238;ners qui sont aussi aujourd'hui ton labeur quotidien. Ce n'est ni un effort, ni une pose, tu l'as peaufin&#233; sans le vouloir, machine discr&#232;te et puissant, en amont par devers dans le secret, t'a aid&#233; &#224; l'affiner peu &#224; peu, &#224; l'ajuster sur le masque des autres &#8212; interchangeable. Tu n'es pas appr&#234;t&#233;e, non. Tu te refuses &#224; l'&#234;tre. Tu aimerais ne pas l'&#234;tre. Mais comment ne pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but, les premi&#232;res fois, le choix des mots t'a fait tr&#233;bucher &#8212; c'&#233;tait quelques jours seulement apr&#232;s la fin, l'&#233;motion, la douleur lancinante, cruaut&#233; de ceux-l&#224; qui voulaient lui rendre un dernier hommage &#8212;. Le discours &#233;tait mouvant, h&#233;sitant &#8212; le premier choc pass&#233;, ce fut raz-de-mar&#233;e, anecdotes, en vrac, non tri&#233;es, souvenirs, images de tendresse, de col&#232;re, de travers, tsunami d'impressions, remontant irr&#233;pressibles du fond de toi, for&#231;ait la gorge et tes larmes, o&#249; que se posent tes yeux &#8212; &#231;a n'avait rien d'organis&#233;, rien de structur&#233;, la langue venait en torrent, en logorrh&#233;e sans queue ni t&#234;te, encha&#238;nement arbitraire &#8212; puis, en quelques mois, le flot s'&#233;tait assagi, l'agencement des phrases glisse encore mais commence &#224; prendre cet aspect poli et vernis qui allait devenir le sien &#8212; jusqu'&#224; se figer dans une anecdote efficace, d&#233;pourvue d'asp&#233;rit&#233;s, avec pauses m&#233;nag&#233;es pour sourires et ricanements de l'autre en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi. Il s'en remet &#224; toi. Il a toute confiance, il attend ton t&#233;moignage &#8212; ce t&#233;moignage sans &#226;ge &#8212; t&#233;moignage tout juste v&#233;cu en m&#234;me temps que dig&#233;r&#233;, distanc&#233;, distanci&#233;, accommod&#233; d'analyse et de pens&#233;e &#8212; t&#233;moignage que tu ne sais lui donner qu'incomplet et froid &#8212; c'&#233;tait il y a si longtemps &#8212; fossile d'&#233;motion, images liss&#233;es et remodel&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour les versions pr&#233;c&#233;dentes, voir &lt;a href='https://inacheve.net/spip.php?article158' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://inacheve.net/spip.php?article216' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article286</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le t&#233;l&#233;phone sonne. C'est une ligne sp&#233;ciale &#8212; sonnerie froide et impersonnelle, que tu as fait installer il y a une bonne dizaine d'ann&#233;es. Tu sais que ces appels ne te sont pas vraiment destin&#233;s. Un peu comme les vendeurs de fen&#234;tres et double vitrage, les d&#233;marcheurs en service command&#233; pour banques/assurances/agences de voyage, machines loteries. Ces appels ne te sont pas destin&#233;s, ils sont pour la veuve, non pour la femme. Depuis le temps, tu sais &#224; quoi t'en tenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu sais qu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le t&#233;l&#233;phone sonne. C'est une ligne sp&#233;ciale &#8212; sonnerie froide et impersonnelle, que tu as fait installer il y a une bonne dizaine d'ann&#233;es. Tu sais que ces appels ne te sont pas vraiment destin&#233;s. Un peu comme les vendeurs de fen&#234;tres et double vitrage, les d&#233;marcheurs en service command&#233; pour banques/assurances/agences de voyage, machines loteries. Ces appels ne te sont pas destin&#233;s, ils sont pour la veuve, non pour la femme. Depuis le temps, tu sais &#224; quoi t'en tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais qu'un moment ou un autre, il te faudra bien r&#233;pondre, d&#233;crocher, &lt;a href='https://inacheve.net/spip.php?article216' class=&#034;spip_in&#034;&gt;parler, prendre &#224; nouveau le masque qu'on attend de toi, les sourires, les manies, l'affectation, les larmes qui affleurent&lt;/a&gt; &#8212; qui n'est m&#234;me plus aussi hypocrite que &#231;a. &#199;a vient tout seul. Presque comme un fable de La Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au t&#233;l&#233;phone. La fable viendra plus tard. Tu d&#233;cides de ne pas d&#233;crocher. D'attendre qu'on laisse un message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sonnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sonneries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quatre avant que la machine ne mette fin &#224; la tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu attends sans impatience la voix. Tu fais des paris, que tu ne t'avoues pas. Expectative. Comment va &#234;tre la voix ? Timide ? Arrogante ? R&#233;ponse &#224; tout ? Quelle sera sa requ&#234;te ? Son angle in&#233;vitablement original ? Son pitch bien r&#244;d&#233; rien que pour toi ? Quelle sera son mode s&#233;duction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et oui, on est comme en boite &#224; vingt ans. Quand on attendait entre copines les pr&#233;tendants, qu'on essayait de deviner les techniques d'approche, qu'on commentait les phrases d'accroche et anticipait les r&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non. Pas de r&#226;teau possible aujourd'hui. On n'a plus vingt ans. Et ils ne veulent pas de toi, ils veulent de l'autre, de la veuve. Ils veulent un morceau de viande morte. Ils veulent leur part. Et tu ne pourras pas la leur refuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;ni&#232;me message. J'aurais du les garder tous, en faire un livre. C'est fou de voir ce que les gens sont pr&#234;ts &#224; faire &#224; dire parfois, &#224; quoi ils peuvent s'abaisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de ces l&#232;che-culs sentencieux et ignorants sont aujourd'hui bien en place ? Toujours aussi l&#232;che-culs, d'ailleurs, et toujours aussi ignorants. Et plus sentencieux que jamais, si c'&#233;tait possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bonjour, radio Funky FM, &#8230; &#233;mission &#8230; derni&#232;re compil &#8212; Bonjour, Producteur &#224; France Culture, &#8230; &#233;mission &#8230; votre mari &#8230; philosophie existentialiste &#8212; Bonjour, ici les Inrocks, &#8230; dossier H&#233;ritiers&lt;/i&gt; (comme s'il en avait !) &lt;i&gt;&#8212; Bonjour, on veut faire un dossier sexy sur toutes ses femmes &#8212; Bonjour, &#8230; duel t&#233;l&#233;vis&#233; &#8230; les plus grands provocateurs de la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise &#8230; votre &#8230; en finale &#8212; &#8230; photos in&#233;dites &#8212; Reader's Digest &#8230; courte bio &#8212; Rock&amp;Folk &#8230; sa marque &#8212;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a les tutoyeurs ceux qui se pensent intimes parce qu'ils prom&#232;nent leur oisivet&#233; dans des cercles concomitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bonjour, Universal, &#8230; pourrais-tu me rappeler, on a un nouveau projet d'album : apr&#232;s le&lt;/i&gt; Best-of Chansons d'amour &lt;i&gt;et le&lt;/i&gt; Best of Chansons de rupture&lt;i&gt;, on a pens&#233; &#224; un Best of chansons politiques. On voudrait avoir ton avis. Je te laisse mon cell. Chuis &#224; NYC mais on peut se voir quand je rentre &#8212; &#201;ditions In&#233;dites &lt;/i&gt;(e tra&#238;nants en chaque fin de mot, caricature, comment est-ce possible ?)&lt;i&gt;,&#8230; t'aurais pas quelques vieux textes dans un coin, des qu'il a &#233;cart&#233;s, qu'il a oubli&#233;s ou dont il n'a pas su quoi faire ? On voudrait faire un recueil de brouillons et de chansons rejet&#233;s des plus grands de la chanson fran&#231;aise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceux qui s'adressent &#224; toi comme on s'adresserait &#224; lui, sa nouvelle interface sociale, on s'en contente, il n'a jamais rien fait comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne pourras pas te d&#233;filer. Ce n'est pas une question de gentillesse, tu n'y arriveras pas &#8212; qui d'autre sinon toi &#8212; et tous qui te font voir ce que tu y gagnes &#8212; tu rappelleras.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tiens, oui cette fois, c'est diff&#233;rent. C'est en effet original. Etonnant, m&#234;me, qu'on ait attendu vingt ans pour s'y int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens soudain de lui face &#224; toi. Il ne cessait d'en parler. Quand les soucis du quotidien desserraient leur emprise, quand l'exigence des amis et potes de passage n'orientaient pas le langage vers l'&#233;ph&#233;m&#232;re du jour, quand je le jeu s'&#233;loignait et le moi pointait son nez, c'&#233;tait &#231;a, c'&#233;tait le sujet. Quand la vie se d&#233;faisaient de son d&#233;guisement de futilit&#233; pour se rhabiller de gravit&#233;, quand la solitude devenait un refuge, le dernier compagnon, ce n'&#233;tait ni toi, ni les enfants, ni une quelconque autre f&#233;minit&#233; de passage, mais cette autre f&#233;minit&#233; magnifique, cette d&#233;esse de f&#233;condit&#233;, in&#233;vitable, incontournable, ma&#238;tresse dominatrice dont tout amour est d&#233;sespoir, frustration, angoisse. Soudain le silence de son corps, l'immobilit&#233;. Soudain cette d&#233;tente incongrue, cette d&#233;crue des nerfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coins de la bouche retombent vers le s&#233;rieux grave de l'enfant, les yeux s'arrondissent et se reposent en m&#234;me temps, en contemplation de la ligne impalpable qui se d&#233;roule avec gr&#226;ce &#224; travers l'espace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment I</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article285</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On fait un pas en arri&#232;re. On s'&#233;carte, les jours passent. &lt;br class='autobr' /&gt;
On aura bient&#244;t oubli&#233; ce qui faisait le jour hier. Et pourquoi pas ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'avait-il, ce jour d'hier, de si s&#233;duisant, de si confortable ? Juste quelques sentiments &#224; nourrir, quelques susceptibilit&#233;s &#224; m&#233;nager. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'affranchir &#8212; quel beau mot &#8212; d&#233;passer &#8212; trop juste &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les talents sont pour si peu dans ce que les r&#234;ves sugg&#232;rent. Compter sur la force incertaine de la peur pour attiser l'espoir &#8212; fatigant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi pas refaire ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On fait un pas en arri&#232;re. On s'&#233;carte, les jours passent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura bient&#244;t oubli&#233; ce qui faisait le jour hier. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avait-il, ce jour d'hier, de si s&#233;duisant, de si confortable ? Juste quelques sentiments &#224; nourrir, quelques susceptibilit&#233;s &#224; m&#233;nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affranchir &#8212; quel beau mot &#8212; d&#233;passer &#8212; trop juste &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les talents sont pour si peu dans ce que les r&#234;ves sugg&#232;rent. Compter sur la force incertaine de la peur pour attiser l'espoir &#8212; fatigant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi pas refaire ce trajet, sauter la marche et le noir &#8212; fondu &#8212; encha&#238;ner &#8212; et quoi ? une belle conclusion, en es-tu s&#251;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;carte &#224; nouveau. On fait un nouveau pas en arri&#232;re. Et on se demande ce qu'est cet enthousiasme, quelle est cette magie myst&#233;rieuse, ce prestidigitateur fabuleux, qui se cache derri&#232;re l'enthousiasme et escamote (quatre courtes syllabes pr&#233;cieuses, d&#233;licieuses, app&#233;tissantes) escamote (encore, on ne s'en lasse pas) appr&#233;hensions, risques, hypoth&#232;ses et processus de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce pas en arri&#232;re, &#224; quoi sert-il ? Certainement pas &#224; mieux plonger &#8212; on n'est pas dupe, plus dupe &#224; pr&#233;sent, on peut tromper mille hommes une fois, mais pas mille hommes&#8230; (c'est quoi la fin, d&#233;j&#224; ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as v&#233;cu deux vies, deux couples pour le prix d'un, prix d'un engagement. Et tu ne sais m&#234;me pas laquelle est la meilleure, la plus d&#233;lectable pour toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant ? sexe f&#234;te rock'n'roll, les projets communs, les d&#233;cisions concert&#233;es &#8212; tu avais ton mot &#224; dire alors, tu avais une partie du pouvoir &#8212; mais les &#233;ruptions de cris, d&#233;cr&#233;pitude, harc&#232;lement, devoir de supporter l'&#233;ternel adolescence du g&#233;nie de part lui, peur de lui faire confiance aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis &#224; pr&#233;sent, ce fant&#244;me, ce souvenir qui dicte chaque instant, ne t'&#233;coute ni ne te laisse plus rien de vous &#224; toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;carte encore, si l'on veut. On se ment pour oublier &#8212; c'est souvent plus efficace que de boire &#8212; m&#234;me si boire peut aider aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ment sur le reste &#8212; sur ce que les autres peuvent croire et ne savent d&#233;j&#224;. On ment puis on finit naturellement par se mentir et se croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de souvenirs invente-t-on ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;carte encore, on rationalise, on &#233;labore des th&#233;ories &#8212; on les peaufine, sans v&#233;rifier, sans attendre le prochain pi&#233;tinement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>IV</title>
		<link>https://inacheve.net/spip.php?article216</link>
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		<dc:date>2009-06-21T02:22:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Szpirglas</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, et tu as presque oubli&#233; qui il est. Tu as oubli&#233; pourquoi il est l&#224; et m&#234;me ce que tu lui racontes. Tu parles, et tu es ailleurs. Voil&#224; &#224; quel point tu as l'habitude de ces choses-l&#224;. M&#233;canique. Bien huil&#233;e. Tu n'as plus m&#234;me besoin d'y songer pour les raconter, de les rappeler, de les convoquer &#8212; le clich&#233; est l&#224;, &#224; disposition, comme s'il &#233;tait pos&#233; sur le buffet, tout pr&#232;s, sous ta main, avec dessus le fant&#244;me magnifique et sublim&#233;, et le sourire qui va avec, pr&#234;t &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://inacheve.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, et tu as presque oubli&#233; qui il est. Tu as oubli&#233; pourquoi il est l&#224; et m&#234;me ce que tu lui racontes. Tu parles, et tu es ailleurs. Voil&#224; &#224; quel point tu as l'habitude de ces choses-l&#224;. M&#233;canique. Bien huil&#233;e. Tu n'as plus m&#234;me besoin d'y songer pour les raconter, de les rappeler, de les convoquer &#8212; le clich&#233; est l&#224;, &#224; disposition, comme s'il &#233;tait pos&#233; sur le buffet, tout pr&#232;s, sous ta main, avec dessus le fant&#244;me magnifique et sublim&#233;, et le sourire qui va avec, pr&#234;t &#224; appara&#238;tre au premier claquement de doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi. La question suivante est d&#233;j&#224; sur ses l&#232;vres &#8212; comme s'il connaissait d&#233;j&#224; la r&#233;ponse &#224; celle qu'il vient de poser, comme si ce que tu lui d&#233;bitais ne lui apprenait rien &#8212; et en effet, comment pourrais-tu lui apporter du neuf du frais de l'in&#233;dit sur cette question qu'on t'a d&#233;j&#224; pos&#233;e suffisamment de fois pour en avoir perdu le compte. Face &#224; certains, tu esp&#232;res parfois un mot, juste un mot, qui seul te replongerait dans un pass&#233; ressuscitant, dans un pass&#233; oubli&#233; &#8212; association d'id&#233;es, un &#233;l&#233;ment de r&#234;ve qui serait comme le fil d'Ariane d'une exp&#233;rience lointaine sur lequel il te suffirait de tirer enfin afin rel&#226;cher cette culpabilit&#233; de la m&#233;canique, cette lassitude du trop-vide de trop-plein. Mot Arl&#233;sienne. Ne vient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#233;couter les questions de trop, tu convoques chacune &#224; son tour les histoires qu'on a mille fois racont&#233;es, &#224; tous journalistes et &#233;crivains qui les demandent exigent, &#8212; la rencontre (ah ce premier contact, cette premi&#232;re blague rentre-dedans qui donne d'embl&#233;e le ton, qui d&#233;crit en quelques mots la quintessence de l'homme et de sa g&#233;n&#233;rosit&#233;), la s&#233;duction (oh, quelques anecdotes seulement, le gentleman, le charmeur, l'attendrisseur de ces dames, l'habitu&#233; aussi, qui ne s'en laissait pas), les moments forts de cr&#233;ation de l'artiste, les derniers jours (ce serrement de c&#339;ur, ce petit &#233;tranglement dans la voix, que tu n'as plus &#224; penser, qui est disponible avec les mots, comme un enregistrement fid&#232;le, tradition orale qui ne se passera jamais de toi, nouvel a&#232;de d'une l&#233;gende d&#233;j&#224; toujours renaissante), les derni&#232;res heures (cette larme qu'on a toujours, dont on n'arrivera jamais &#224; se d&#233;barrasser, ce sanglot dans la voix &#171; le lendemain, c'&#233;tait fini &#187;, qui fait d&#233;sormais partie du rituel, presque m&#233;canique, comme le transcendant de l'&#233;l&#233;vation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien aussi, embelli par le temps, la r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bit&#233;es comme des le&#231;ons apprises par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi, son petit enregistreur en main, avec un petit carnet &#233;ventuel qui ne lui sert de rien. Il est heureux &#8212; tu le lis dans ses yeux brillants, dans son sourire qui cherche l'intelligence pour ne trouver qu'une gentille niaiserie &#8212; aux anges. Il est en ta pr&#233;sence, il t'&#233;coute, pas un mot ne lui &#233;chappe &#8212; m&#234;me s'il les conna&#238;t tous d&#233;j&#224; &#8212; il est comme les enfants, tes enfants, petits anges fatigu&#233;s demandant exigeant une nouvelle fois le m&#234;me conte qu'ils ont d&#233;j&#224; entendu tous les soirs depuis qu'ils se souviennent, ils la veulent, ils veulent ta voix, ils &#233;coutent ta voix, ils se fondent dans ta voix, elle est pour eux promesse et apaisement, rituel et intemporel. Il est heureux, bouge &#224; peine, ou seulement, g&#234;n&#233;, lisse son pantalon, &#233;crit quelques mots inutiles sur son carnet &#8212; tu ne t'en soucies pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sourire, ce masque, qui va avec l'histoire, t'est devenu seconde nature (tu ne sais plus que tu le mets, tu le mets &#224; ton insu, quand les circonstances l'exigent), un masque de politesse, pas si diff&#233;rent de celui que tu affiches pendant un diner dans la haute &#8212; ces d&#238;ners qui sont aussi aujourd'hui ton labeur quotidien. Ce n'est ni un effort, ni une pose, tu l'as peaufin&#233; sans le vouloir, une machine discr&#232;te et puissant, en amont par devers dans le secret, t'a aid&#233; &#224; l'affiner peu &#224; peu, &#224; l'ajuster sur le masque des autres &#8212; interchangeable. Tu n'es pas appr&#234;t&#233;e, non. Tu te refuses &#224; l'&#234;tre. Tu aimerais ne pas l'&#234;tre. Mais comment ne pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, les premi&#232;res fois, le choix des mots t'a fait tr&#233;bucher &#8212; c'&#233;tait quelques jours seulement apr&#232;s la fin, l'&#233;motion, la douleur lancinante, cruaut&#233; de ceux-l&#224; qui voulaient lui rendre un dernier hommage &#8212;. Le discours &#233;tait mouvant, h&#233;sitant &#8212; le premier choc pass&#233;, ce fut le raz-de-mar&#233;e des anecdotes, en vrac, non tri&#233;es, souvenirs images de tendresse, de col&#232;re, de travers, tsunami d'impression remontant irr&#233;pressible du fond de toi, for&#231;ait la gorge et tes larmes, o&#249; que se posent tes yeux &#8212; &#231;a n'avait rien d'organis&#233;, rien de structur&#233;, la langue venait en torrent, en logorrh&#233;e sans queue ni t&#234;te, encha&#238;nement arbitraire &#8212; puis, en quelques mois, le flot s'&#233;tait assagi, l'agencement des phrases glissait encore mais commen&#231;ait &#224; prendre cet aspect polis et vernis qui allait devenir le sien &#8212; jusqu'&#224; se figer dans une anecdote efficace, d&#233;pourvue d'asp&#233;rit&#233;s, avec pauses m&#233;nag&#233;es pour sourires et ricanements de l'autre en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#224;, face &#224; toi. Il s'en remet &#224; toi. Il a toute confiance, il attend ton t&#233;moignage &#8212; ce t&#233;moignage sans &#226;ge &#8212; t&#233;moignage tout juste v&#233;cu en m&#234;me temps que dig&#233;r&#233;, distanc&#233;, distanci&#233;, accommod&#233; d'analyse et de pens&#233;e &#8212; t&#233;moignage que tu ne sais lui donner qu'incomplet et froid &#8212; c'&#233;tait il y a si longtemps, fossile d'&#233;motion, images liss&#233;es et remodel&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu l'as re&#231;u chez toi. Dans l'un des deux salons, le plus petit, le plus encombr&#233; de bibelots. Pour l'occasion &#8212; au cas o&#249; il aurait d&#233;cid&#233; d'aller au-del&#224; de l'interview pour faire un de ces reportages intimes dont la presse est si friande ces jours-ci. &#199;a fait partie du boulot, de la routine bien huil&#233;e. Sa vie est l&#224; qui l'entoure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://inacheve.net/spip.php?article158' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Version 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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