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Dimanche 10 mai

10 mai 2020

General Pause — Chapitre 7

Un monde en déliquescence gagnée par les tensions de toute part. Une épidémie d’égotite aigue semble avoir gagné toutes les couches de la population, touchant particulièrement les individus en position de pouvoir (la médecine a depuis bien établi les divers symptômes de l’égotite, la soif de pouvoir étant clairement l’un des principaux — hélas, à l’instar d’autres pathologies psychiatriques pendant les siècles précédents, l’état de l’art en ce début de XXIe siècle ne reconnaissait pas l’égotite comme une véritable maladie et la faculté ne s’était donc jamais posée la question d’un traitement ou d’un remède : on en était réduit à réparer les pots cassés après coup, au lieu de prévenir leur bris). D’autres symptômes importants de l’égotite s’avèrent pertinents dans cette hypothèse : l’adoutie (qui se manifeste par une absence totale ou partielle de remise en question de soi et de ses convictions chez le malade), l’érotomanie plurielle (conviction délirante d’être aimée à la folie par le plus grand nombre), la pulviréite (suppuration du sentiment de pouvoir)… Touchant des personnalités placées aux sommets des divers états en présence, qui pour la plupart semblent traiter les affaires du monde comme des enfants jouent à un jeu de société — et sont de surcroit très mauvais joueurs —, cette épidémie d’égotite est manifestement un terrain propice à une nouvelle explosion. Même s’il est aujourd’hui difficile de démêler les responsabilités (certainement partagées) du déclenchement du conflit, à l’instar de celui de la grande guerre déjà citée, il est fort probable qu’une simple étincelle, anodine ou non, ait suffi à mettre le feu aux poudres, une partie de la population, chauffée à blanc par leurs dirigeants souffrant d’égotite, n’attendant sans doute que ça pour en découdre. Sont-ils pour autant partis la fleur au fusil, les uns contre les autres, pour la plupart amis un mois à peine auparavant (il semble en effet que le début du XXIe siècle soit aussi une période d’explosion des liens amicaux partout sur la planète, mais nous y reviendrons plus loin).

Autre indice qui fait pencher la balance du côté d’un conflit : l’annulation, la suspension, ou, quand elles se tiennent, la discrétion des célébrations des fins de guerre précédentes. Une première en près d’un siècle. Au sein des sociétés de l’époque, la mise en récit de l’histoire est pourtant une arme extrêmement puissante, généreusement employée par tous les pouvoirs dans un but de coercition ou de cohésion du groupe.

La suspension de cette mise en récit invite donc à penser que cette coercition ou cohésion de groupe était garantie par un autre phénomène, forcément plus ponctuel et global. L’hypothèse d’une guerre est largement plausible. D’autant plus que les exemples ne manquent pas, dans les décennies précédentes — contrairement à la période qui nous occupe, nous sommes très riches en archives s’agissant de la première moitié du XXe siècle, pour la plupart confiées à des supports de marbre ou de bronze (bien plus résilientes aux attaques du temps que les supports silicés), que l’on retrouve en nombre parmi les ruines urbaines, mais aussi, plus rarement mais de manière plus développée, sur des supports de fibres cellulosiques d’origine végétale —, dans les décennies précédentes, donc, on constate que la fin de la première éruption de grande guerre (marquée par la signature d’une trêve le 11 novembre 1918 (12.3 cycles de l’ère Derien, dans notre calendrier)) est célébrée tous les ans, dès son deuxième anniversaire, mais cette célébration s’interrompt au cours de la deuxième éruption.



Dernier ajout : 18 novembre. | SPIP

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