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Dreaming / No Dreaming

7 juillet 2010
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Rêve à deux pendants.

Deux pendants aux prémices identiques, aux dénouements tout à fait différents.

Dans le premier — sans doute beaucoup plus long que les seuls fragments qui reviennent en mémoire — je sors d’un appartement. Pas le mien (conquête d’un soir ?). Dans le même temps, un narrateur "omniscient" (muni de sa caméra panoramique personnelle) me montre l’entrée dans l’immeuble (immeuble de banlieue, ou de faubourg, résidence dans le jardin propret parsemé de verdure partage les bâtiments) d’un homme, jeune, grand, élancé (presque maigre), habillé d’un costume noir, veste ouverte sur chemise blanche sans cravate, déboutonnée (aspect fin de journée) — il a dans sa main une arme à feu, et fait feu sur un premier habitant des lieux.

J’ai alors l’idée d’arrêter prématurément l’ascenseur qui me descend au Rez-de-Chaussée (ne me demandez pas comment, c’est mon rêve, après tout) au premier étage — pensant ainsi échapper à l’attention du forcené. Peine perdue. La cage d’escalier est vaste et, d’en bas, il me voit sur la coursive. Fait feu.

M’écroule à terre. Ne meurs pas dans l’instant — je ne me souviens d’ailleurs pas être mort — seulement le goût du sang dans ma bouche, le sang qui remonte à gros sanglot. Il est épais et sombre, il m’étouffe, n’arrive plus à respirer. Me tourne sur le dos, essaie sur le ventre (un peu comme lors de mes longues apnées nocturnes dues à mon asthme ridicule, ce qui est sans doute un signe que j’étais à ce moment précis en pleine crise "dans mon sommeil"). Trouve enfin une position meilleure, redressé à bout de bras (comme pour faire des pompes).

Transition — avec ce pressentiment empli de peur et noirceur qu’il est en chemin, montre quatre à quatre les marches pour m’achever — transition, retour vers la sortie de l’appartement.

Cette fois, dès que je le vois entrer, je repénètre dans l’appartement que je viens de quitter — hé ! on ne me la fera pas deux fois ! (avec en même temps ce sentiment tenace, qui restera jusqu’à l’éveil et au-delà, que, malgré ce voyage dans le temps, ce retour en arrière pour "refaire", pour "rejouer", presque, on ne peut changer le destin, on ne peut changer ce qui a déjà été, ce qui est arrivé est arrivé et rien ne pourra nous faire revenir dessus) j’ai compris la leçon, vais essayer autre chose —. Etrangement, il est vide, presque aseptisé (suite d’hôtel ?). Je le traverse de pièce en pièce. Arrive à la chambre à coucher — dead end. M’avise de la fenêtre, l’ouvre, découvre juste un peu plus bas au dehors un radiateur (étonnement ahuri en tâche de fond dans le rêve : que fait ici un radiateur, dehors) — un de ces gros radiateurs à tuyaux, comme ceux près desquels je m’asseyais jadis en classe, replié sur lui-même, il ménage une petite terrasse d’un mètre-carré en contrebas. Parfait.

Agile comme un singe, s’y réfugier, attendre la venue (immanquable) du jeune homme — s’apercevoir que la cachette n’est pas si bonne, ne pas arriver à cacher le haut de sa tête (il me repèrera bien vite, il faudra prendre les devants), sortir un flingue (d’où sort-il d’ailleurs ? Si j’avais su que j’avais ça dans ma poche...), viser la porte, attendre.

Il n’est pas long — comme s’il me cherchait (ben tiens, il est à qui, ce rêve ?). Il entre — presser la détente — rien — oublié d’ôter la sécurité (erreur de débutant) — mais où est-elle d’ailleurs, cette sécurité : sous la crosse ? devant le pouce ? sur le canon ? — chercher, faire jouer deux trois petits bouts de ferraille aux airs d’interrupteur répartis sur l’arme, presser à nouveau sur la détente pour voir — se souvenir que, pourtant, je n’ai pas tiré et que le chargeur est plein — s’apercevoir que le pistolet automatique s’est entretemps transformé en revolver à barillet (donc sans sécurité, crois-je), ouvrir le barillet, plus que deux cartouches, refermer le barillet, réessayer la détente — toujours rien — il s’est depuis tourné vers moi, a levé son arme, pressé à son tour la détente — rien non plus (mais, lui, c’est plus logique, il a déjà vidé son chargeur en tuant les quelques personnes croisées en parcourant l’immeuble) — il va pour changer son chargeur, dans sa poche portefeuille, un chargeur supplémentaire — n’avoir que quelques instants pour réfléchir — se rappeler qu’on est agile comme un singe — sauter de balcon en balcon, se réceptionner sur le feuillage fourni d’un arbre en contrebas, retomber sur ses pieds sur la chaussée — la vitesse de la chute, sans me faire mal, me fait basculer et rouler à terre sans bruit — croire être sorti d’affaire — relever la tête — il est là, dans les branches de l’arbre qui m’a si gentiment accueilli et qui, indifférent et neutre dans cette affaire, accueille tout aussi gentiment mon persécuteur — il rit à gorge déployé, rire mi-sardonique, mi-enfantin (lorsqu’on découvre un camarade à cache-cache) — il pointe à nouveau son canon vers moi — rate — bondir sur lui, le faire rouler par terre — le maintenir à terre en essayant d’écarter son canon de moi — impression que son corps est en caoutchouc, peser de tout son poids, entendre un ou deux os cassés sans que son visage soit le moins du monde affecté par la douleur, écraser son corps, plier bras et jambes dans des positions impossible — ne pas demander pourquoi — angoisse persistante du "on ne change pas l’histoire, ce qui est fait est fait", certitude qu’il va, d’une manière ou d’une autre, renverser la situation et parvenir aux fins du destin — il a un visage très jeune, très blanc, adolescent blond — découvrir dans un pli de son bras, le canon à présent doré, pointé sur sa poitrine — peser à nouveau, entendre d’autres craquement — pantin désarticulé aux yeux ronds.

L’ai-je désarmé ? C’est bien flou à présent (insomnie subséquente). Sans doute. Mais était-ce mon intérêt ? Ce jeune homme n’était-il pas moi, également, ce moi enfoui bien loin qui veut me ronge, voudrait me tuer pour me réveiller.

Après coup, s’apercevoir de tous les éléments de ce rêve, qui, récurrents, viennent souvent dans ce genre de rêve : l’arme qui ne tire pas, chercher la sécurité sans la trouver, le pistolet se transformant en revolver, agilité à fuir.

Et la nouveauté : réussir à changer l’histoire, le destin. Plaquer l’ennemi à terre, le vaincre enfin (sans savoir ce que symbolise cette victoire, ni si elle est définitive), s’apercevoir que cet ennemi est en réalité bien moins redoutable qu’il n’y parait — un pantin. Pantin, oui, mais qui tire ces ficelles ? Moi.

Musique

1. Gyorgy Kurtag : Hipartita, Op. 43 1. *.* Sostenuto, Doloroso, Hiromi Kikuchi (Kurtag : 80 (...Concertante... Op.42, Zwiegesprach, Hipartita,K Op. 43, Jatekok And Transcirptions), CD 2)

2. Claude Debussy : Nocturnes : II. Fêtes — Pierre Boulez ; Cleveland Orchestra (chez DG : La Mer • Nocturnes • Jeux • Rhapsodie pour clarinette et orchestre)



Dernier ajout : 17 novembre. | SPIP

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