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À quand un permis de diriger ?

16 février 2009

C’est au sortir d’un énième concert très attendu (un programme séduisant, un soliste brillant, un orchestre qui nous avait déjà enchanté par le passé) et gâché par un chef incapable que je n’ai pu contenir une légitime colère contre tous ces gens qui pensent qu’il suffit d’un queue de pie et d’une baguette — qu’on tient comme un manche — pour devenir chef d’orchestre.

Non, messieurs ! On ne s’improvise pas chef d’orchestre ! (Phénomène étrange, et certainement flatteur à leur égard, les dames sont moins sujettes à cette vaniteuse prétention — même si cela peut aussi s’expliquer par l’odieuse misogynie qui règne au sein des orchestres — mais ce n’est pas notre sujet et nous y reviendrons peut-être plus tard.)

Le pupitre n’est pas une retraite dorée pour instrumentiste vieillissant. La baguette n’est pas un jouet auquel n’importe quel dilettante peut se frotter impunément. L’estrade n’est pas le lieu où exhiber une mégalomanie galopante. Continuez ainsi et votre narcissisme en dégoûtera plus d’un et donnera aux autres une bien fausse idée de la musique. Cela traduit de votre part un manque total de respect pour le public — qui, rassurons-nous, n’est pas dupe et, tôt ou tard, découvre la supercherie.

Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je ne prétends qu’il faille nécessairement une gestique irréprochable, une technique totalement maîtrisée — certains chefs labellisés professionnels auraient beaucoup à apprendre de leurs collègues autodidactes —, ni des idées musicales révolutionnaires — si peu en ont et ce n’est d’ailleurs pas le sujet qui nous occupe aujourd’hui —, ni même un charisme démesuré ou une exubérance magnifique qui balayerait toutes les réserves techniques. J’attendrais seulement de la part de ceux qui voudraient monter au pupitre une véritable humilité face à la tâche qui leur incombe.

Diriger est un métier.

Un métier qui nécessite bien autre chose qu’une simple légitimité politique.

Ainsi, il est bon de savoir lire toutes les clefs et déchiffrer un conducteur, de connaître les instruments transpositeurs (et les intervalles correspondants), d’avoir une idée des différents modes d’attaques et d’émission du son, de savoir appréhender les réactions d’un orchestre (les délais de réponse, l’inertie d’un si grand nombre de musiciens, etc.), de savoir organiser et structurer le son de l’ensemble, analyser une partition et en dégager une interprétation claire… et c’est sans même parler des questions de style.

Et bien sûr, quelques fondamentaux, trop souvent oubliés par ces fumistes, comme savoir donner une battue claire, tenir un tempo et donner un départ.

À bon auditeur, Salut !



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