Il est là, face à toi, et tu as presque oublié qui il est. Tu as oublié la raison de sa présence, ce que tu lui racontes. Tu parles, tu es ailleurs. Voilà à quel point tu as l’habitude de ces choses-là. Mécanique. Bien huilée. Tu n’as plus même besoin d’y songer, de les rappeler, de les convoquer pour les raconter — le cliché est là, à disposition, comme posé sur le buffet, tout près, sous ta main, avec dessus le fantôme magnifique et sublimé, et le sourire qui va avec, prêt à apparaître au (…)
Site de création littéraire plus ou moins expérimentale
Articles les plus récents
-
VI
21 février 2010, par Jérémie Szpirglas -
Inactivité
20 février 2010, par Jérémie SzpirglasL’inactivité pèserait sur la ville — comme un éternel jour chômé. Même le vent et les nuages sembleraient avoir abandonné leurs postes. Ce ne serait plus que silhouette figée et vaine. Pour la première fois, on entendrait le petit déclic mat et sec des permutateurs électroniques qui continueraient imperturbables à régir les feux de circulation, le grésillement persistant des néons, le battement paresseux de quelque drapeau sur une façade officielle, le souffle des souffleries et chauffages (…)
-
V
19 février 2010, par Jérémie SzpirglasLe téléphone sonne. C’est une ligne spéciale — sonnerie froide et impersonnelle, que tu as fait installer il y a une bonne dizaine d’années. Tu sais que ces appels ne te sont pas vraiment destinés. Un peu comme les vendeurs de fenêtres et double vitrage, les démarcheurs en service commandé pour banques/assurances/agences de voyage, machines loteries. Ces appels ne te sont pas destinés, ils sont pour la veuve, non pour la femme. Depuis le temps, tu sais à quoi t’en tenir.
Tu sais qu’un (…) -
Fragment I
18 février 2010, par Jérémie SzpirglasOn fait un pas en arrière. On s’écarte, les jours passent.
On aura bientôt oublié ce qui faisait le jour hier. Et pourquoi pas ?
Qu’avait-il, ce jour d’hier, de si séduisant, de si confortable ? Juste quelques sentiments à nourrir, quelques susceptibilités à ménager.
S’affranchir — quel beau mot — dépasser — trop juste —
Les talents sont pour si peu dans ce que les rêves suggèrent. Compter sur la force incertaine de la peur pour attiser l’espoir — fatigant.
Pourquoi pas refaire ce (…) -
Fragment
17 février 2010, par Jérémie SzpirglasFragment, éclat, bribe, bris, lambeau, poussière, instant inquantifiable, flash, chute... L’immédiat est indifférent, imperturbable, d’une incohérence propre à son enchaînement, d’une inconsistance propre à son éphémère. L’état d’âme n’est plus, bien trop réservé, bien trop discret. On n’a plus le temps pour ses tours et détours, ses liens vers le désordre. Ou alors mis à l’écart, au ban, inconsidéré. Les yeux fuyants, on lui dénie le droit de s’affirmer, le loisir de se regarder en face. (…)
-
Il pleuvait ce jour-là, mais
16 février 2010, par Jérémie SzpirglasUn an auparavant, il faisait grand beau, une lumière sublime, étincelante, un ciel vierge et presque gai. Ce jour-là, il pleuvait, mais on a eu droit à une brève éclaircie. Non pas une vraie éclaircie — pas souvenir d’un coin de ciel bleu — mais un bref répit parsemé de quelques gouttes qui rendait vains les parapluies, comme sait si bien en offrir les froides perturbations d’avril. Le chargé des pompes funèbres — un costaud, un mastar, un gars bien barraqué, ancien batteur de rock (…)
-
Égarée
15 février 2010, par Jérémie SzpirglasMince, j’étais sûr de l’avoir mise dans ma poche. Ma poche droite, là, celle-là. Je perds jamais rien d’habitude. Et c’est justement ça, la première chose que je perds. De ma vie. Une forme de fatalité, j’imagine. Pas de trou au fond — pantalon neuf. Saloperie de pantalon neuf, elle a du glisser, quand je me suis assis dans le métro. Imagine la gueule du type qui va la retrouver. Et mince, j’ai même pas mis mon nom dessus. J’ai encore mes sens, ceux-là, je ne les ai pas égarés, mais...
Et (…) -
Bien agiter avant de servir — Servir très frais !
14 février 2010, par Jérémie SzpirglasNi Dieu, ni Maître — ni Diable, ni Chat — moins encore de Marguerite sur la page de garde. Une épée, seulement, qui porte le souvenir d’Odessa, Potemkine, Sakharine et les autres. Une épée blanche, étincelante dans la neige sale des congères. Et le sourire au-dessus, et les lumières qui s’étalent sur de vastes espaces, et cette valse affolée de corps nus et échelés, blancheur de nacre, survol des toits sous lesquels on trouvera certainement un taudis ou deux. Roman de théâtre, scène (…)
-
Désœuvrement
13 février 2010, par Jérémie SzpirglasDésœuvrement. J’aime tant ce mot — je déteste son sens. Il y a dans ces quatre syllabes une poésie certaine, une petite musique insouciante, bien loin de leurs monotones significations — car si je prends un instant pour arrêter le temps et les contempler, pour ne pas les laisser s’échapper, pour les rattraper, les pénétrer, aussitôt l’image gris bleu de quatre ados en jeans sales, assis sur un trottoir à fumer, les yeux torves (encore un joli mot !), lâchant occasionnellement quelques vains (…)
-
Yeux clos
12 février 2010, par Jérémie SzpirglasYeux clos sur la ville
Bruits rituels, plus ou moins mécaniques,
Cris impersonnels, inhabités,
Place, pas-sage, prisme dispersant
Des lieux anonymes, chantiers, ponts et bords d’autoroute,
Des lieux de vie et de transition quotidienne,
Aux frontières de l’intime, fenêtres et immeubles étincelants
Silhouettes interchangeables, évoluant sans but
Dans le décor implacable et répétitif,
Jusques aux bornes du silence et des étoiles.
Inachevé.net